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Entered, aconling to act of Congress, in tbe year 1882, by

MKS. LAURE ANDRY, in tIiPoffîc<* of tbe Librari.inof Congress, at Washington.

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Approbation de Mgr, l'Ar chev êque de la Nouvelle-Orléans»

Nous avons fait examiner un livre écrit en français, et intitulé: Histoire de la Louisiane, raœntée aux Enfants Louisianais, D'après le rapport qui nous en a été fait, ce livre respire des sentiments vraiment catholiques, et rappelant le souvenir de la France, la mère-patrie . de notre population créole, mérite d'être publié, et nous le recommandons à nos écoles catholiques, paroissiales et autres.

Donné à la Nouvelle-Orléans, le 5 Décembre 1881.

t N. J. Perché,

Archevêque de la Nouvelle-Orléans.

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DÉDICACE.

A VHonorable Juge L. A. TissoT.

Dédier ce modeste travail au magistrat intègre, au citoyen éclairé, qui est honoré de tous, c'était prendre rengagement d'accomplir une œuvre, qui, si le talent lui manquait, fdt du moins consciencieuse et utile. Votre indulgente appréciation me fait espérer que mon but est atteint.

Puisse les généreux exemples que contient ce petit livre, montrer aux générations grandissantes que le travail, le dévouement et l'accomplissement du devoir, sont le but et la fin

de notre existence icirbas.

L. A.

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PEÊFACE.

Si Pétude de l'histoire est considérée ajuste titre comme une des plus utiles au développement de rintelligence humaine, combien celle de leur propre pays sera-t-elle plus nécessaire à l'instruction des jeunes enfants! alors les exemples sont frappants, et le passé devient une leçon pour l'avenir.

C'est en leur apprenant ce qu'il a fallu d'énergie et de persévérance à leurs ancêtres pour transformer des terres incultes et marécageuses en un pays riche et prospère, qu'on peut leur inspirer le désir d'imiter ce courageux exemple. Et nous ne saurions jamais trop chercher à inspirer à l'enfance ce noble amour de la patrie qui est peut-être le germe de toutes les vertus, de tous les dévouements.

L. A.

HISTOIRE DE LA LOUISIANE

Racontée aux Enfants liouisianais.

ÉTABLISSEMENTS DES FEANÇAIS EN AMÊEIQUE,

de Tan 1524 à 1698.

Mes chers eufants, lorsque vous parcom^ez la Louisiane, partout s'offrent à vos regards, de magnifiques habitations, de vastes champs de cannes à sucre, ou de coton; de grandes et belles villes, des villages populeux; partout régnent le travail, l'activité; tout vous révèle une population riche, industrieuse, une puissante civilisation.

Cependant, il y a deux siècles à peine, ce pays n'offrait aux yeux que d'immenses et sombres forêts, des terrains incultes et marécageux. L'emplacement où s'élève aujourd'hui cette magnifique ville du croissant, reine du Sud, était un bois touffu, couvert de brous^ sailles et noyé de marécages. Ce beau fleuve, dont les eaux sont sillonnées de nombreux

bateaux à vapeur ; de navires, qui, de toutes les parties du monde viennent faire avec~ la Louisiane un immense commerce; n'était alors traversé que par la silencieuse pirogue de l'Indien.

Des peuplades sauvages et féroces habitaient ce triste pays, et vous pouvez penser, combien il fallut de courage et de persévérance aux premiers colons, qui eurent à combattre à la fois, la nature et les hommes. Mais peut-être ne savez-vous point encore la différence qui existe entre l'état sauvage et la civilisation f Avant de vous raconter l'histoire de votre pays, je vais essayer de vous la faire comprendre.

Les sauvages, mes enfants, sont ceux qui ne savent ni lire ni écrire, dont toute l'industrie se borne à un peu de jardinage; ils habitent de misérables cabanes, vivent de chasse et de pêche, sont dans un état de paresse et d'ignorance qui les rapproche de la brut^ ; si ces hommes sont ainsi avilis, c'est parceq\i'ils ont méconnu cette grande loi du travail que la providence a imposée à l'homme comme la source de tout bien, et les peuples qui se sont abandonnés à l'oisiveté, vivent dans la misère et la dégradation.

Les peuples civilisés, auxquels vous avez le bonheur d'appartenir, ont bâti de grandes villes^ des temples, des palais; ils ont des maisons élégantes, des meubles précieux, enfin tout ce qui peut rendre la vie agréable. Ils ont créé les sciences, les arts, soumis la terre aux lois de Pindustrie, et ont fondé la société.

Les i)euples sauvages deviennent chaque jour plus rares; beaucoup se sont civilisés, d'autres ont péri, et nous pouvons espérer qu'un jour viendra où toutes les nations de la terre seront- appelées aux bienfaits de la civilisation.

Mais les premiers colons eurent beaucoup à souffrir dans cette grande lutte entre la civilisation et la barbarie ; ils avaient à craindre la mort sous toutes les formes, la faim, la maladie, les animaux féroces et les hommes plus féroces encore; les souffrances et une mort affreuse étaient souvent le prix de leurs travaux, et comme vous le verrez, le triomphe de la civilisation a fait couler bien du sang.

Je vais maintenant vous raconter les événements qui ont contribué à la colonisation de la Louisiane.

Le 12 Octobre 1492 Christophe Colomb découvrit l'Amérique. Souvenez-vous bien

de cette date, mes enfants ; c'est une des plus importantes de Phistoire, car cette découverte changea la face du globe. Les peuples avaient vécu jusqu'alors dans l'ignorance la plus grande sur la forme de la terre ; les contes les plus absurdes étaient débités sur les dangers que les navigateurs avaient à courir, en se lançant sur l'Océan. Colomb fiit longtemps repoussé, traité de visionnaire ; et ce qui lui assure une gloire immortelle, c'est le génie audacieux qui le poussa à braver les dangers inconnus d'un océan nouveau. Enfin, après une longue attente, il obtint du roi d'Espagne trois petits navires, avec lesquels il traversa l'Atlantique et découvrit l'Amérique. Lorsque la réalité des nouvelles découvertes fut constatée, l'Espagne vit accourir tous ceux qu'animait le goût des aventures ; ce fut un enthousiasme universel; chaque nouvelle découverte engageait une nouvelle expédition. La France ne pouvait demeurer étrangère au grand mouvement qui entraînait l'Europe vers les pays nouveaux ; elle dirigea ses entreprises vers les côtes septentrionales de l'Amérique ; en 1524, Yerazzani fut envoyé par François 1er ; il parcourut les côtes de l'Amérique depuis le trentième parallèle jusqu'à Terre-

Neuve ; reconnut même une partie du Canada. Il périt misérablement, massacré par les sauvages. Dix ans après, Jacques Cartier partit pour la.même destination; il entra dans le fleuve Saint-Laurent, le remonta, et choisit un endroit favorable pour y bâtir un fort, qui fut le premier établissement français en Amérique.

Ce voyage prépara la fondation d'une colonie ; la ville de Port-Royal fut fondée en 1603.

A cette époque-là, mes enfants, quand la France colonisait TAraérique du Nord, ces contrées étaient aussi inconnues que le sont, de nos jours, le centre de l'Afrique et celui de l'Australie. Les voyageurs français étaient des hommes courageux et entreprenants, ne reculant devant aucunes fatigues, allant, au péril de leur vie, jusque dans les plus lointaines solitudes chasser les animaux à fourrures, et faire le commerce avec les Indiens. A travers ces immenses forêts, ils n'avaient pour guide que la boussole ; lorsqu'un cours d'eau se présentait, ils usaient de la pirogue indigène, faite d'écorce de bouleau ; lorsque la navigation devenait impossible, ils emportaient la frêle embarcation sur leurs épaules, jusqu'au lieu où ils pouvaient de nouveau l'im-

merger. L'espace ainsi parcouru se nommait un i)ortage. Dans cette marche au milieu des régions nouvelles, le lac Ontario fut le premier que découvrirent les pionniers de la î^ouvelle-France. Ensuite vint le lac Huron, sur les bords duquel l'énergique Champlain, qui venait de fonder Québec, arriva en 1615. Peu de temps après le Canadien î^icoUet, s'avan-çant toujours vers l'Ouest, parvint même jusqu'au Mississippi.

Après ces hommes énergiques, voici de nouveaux apôtres de la civilisation qui s'avancent; ceux-là, mes enfants, ne sout point poussés liar la soif de l'or, comme les conquérants espagnols, ou par le goût des aventures, comme les chasseurs français. Non, leur mission est plus haute ; ils obéissent à cette voix divine qui a dit: "Allez, et que cet évangile soit prêché par toute la terre." Et ils vont à travers mille dangers, travailler à la rédemption des âmes, fatre briller sur ces peuplades, plongées dans l'ignorance, le flambeau régénérateur de la foi, et pour récompense de leur dévouement ils n'obtiendront souvent que d'horribles tortures et une mort affreuse.

Les plus célèbres missionaires Jésuites dont

le nom soit prononcé, sont les pères Eaimbault et Jogues, qui sous les auspices du comte de Frontenac, alors gouverneur de la îîouvelle-France, fondèrent sur les bords du lac Huron la mission de Sainte-Marie. Puis vinrent les I)ères Ménard et Allouez qui établirent la mission du Saint-Esprit, sur le» bords du lac Supérieur.

En 1671 eut lieu à la mission de Ste-Marie une cérémonie imposante ; la France prenait possession des contrées- découvertes par ses valeureux enfants. M. de St. Lusson, envoyé du gouverneur du Canada, fit planter une croix sur une colline qui dominait le village des Chipewais ; à côté, sur un poteau, on cloua l'écusson de la France. La croix fut bénite ; on pria pour le roi ; on fit des décharges de mousquéterie. A la fin le père Allouez adressa aux sauvages un discours dans lequel la puissance du roi de France était hautement célébrée. Ce discours fit une grande im-impression sur les Indiens, et ils laissèrent la France se proclamer maîtresse de tout le pays.

Il restait à rejoindre le Mississippi. Ce fut le père Marquette qui eût cette gloire. En 1673 il aborda le grand fleuve par TOuest en

partant du lac Micliigan. Il était accompagné d'au Canadien nommé Jolliet et de quelques sauvages fidèles. Ils descendirent le fleuve en canot plus de 500 lieues, à i>artir du Wisconsin, jusqu'à FArkansas. Là, re-l)oussés par les Indiens, et assurés que le fleuve se jetait dans le golfe du Mexique et non dans le Pacifique, comme ils l'avaient espéré, ils rebroussèrent chemin. C'était ce même fleuve qu'en 1541 l'Espagnol de Soto avait découvert et remonté jusque vers le point où les deux intrépides explorateurs s'étaient arrêtés. Ceux-ci regagnèrent le lac Micliigan i)ar la rivière des Illinois 5 ils arrivèrent à l'endroit où s'élève aujourd'hui la ville de Chicago ; Marquette resta sur les lieux l)Our catéchiser les Indiens.

Jolliet repartit pour Québec, où les cloches sonnant à toutes volées, saluèrent son retour. Au récit de ses aventures, le désir de visiter ces nouveaux rivages s'empara de plusieurs, et surtout de Cavelier de la Salle, colon de Montréal, homme de courage et de grande énergie. Il soumit ses projets au comte de Frontenac, gouverneur du Canada, qui les approuva, et l'engagea à aller à Paris demander des secours.

Le roi qui régnait alors en France, mes enfants, était Louis XIV, roi puissant et orgueilleux, désirant la grandeur de son pays ; il encouragea La Salle à entreprendre un voyage dans l'intérieur de l'Amérique du î^ord. Il lui accorda une vaste étendue de terre, et lui donna le pouvoir de faire toutes les découvertes qu'il croirait utiles à la prospérité et à la gloire de la France.

La Salle revint en Amérique, avec trente colons et un de ses amis, le chevalier de Tonti, auquel il manquait une main, qu'il avait rem-I)lacée par une main artificielle en cuivre, dont il se servait avec beaucoup d'adresse.

La Salle bâtit un fort auquel il donna le nom de Frontenac; il relia le Saint-Laurent au Mississippi par une série de i)OStes, et fit immédiatement construire plusieurs bateaux pour l'exécution de son entreprise. H parcourut les lacs et atteignit la rivière des Illinois, où il construisit le fort de Orève-cœur. Les embouchures du Missouri et de l'Ohio fixèrent son attention, la tribu des Chickasas le reçut avec amitié ; il bâtit sur leur territoire le fort de Prudhomme, du nom de l'oflftcier auquel il en donna le commandement. Ensuite il descendit le Mississippi jusqu'au golfe du Mexique, prit

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I)088es8ioii, au nom de Louis XIV, des contrées avoisinantes, et donna à ce pays le doux nom de Louisiane.

La Salle porta lui-même en France la nouvelle de ses explorations. Louis XIV, en reconnaissance de ses services, lui fournit tous le^ moyens nécessaii*es à l'établissement d'une colonie. Deux cent cinquante personnes furent mises à sa disposition; il partit de la Rochelle avec quatre petits bâtiments commandés par le caïutaine Beaujeu.

Mais un sort funeste était attaché à cette expédition; une tempête dispersa la flotte en vue de Sanit-Domingue; ensuite un des navires fut capturé par des corsaires espagnols. Enfin, au lieu d'arriver à l'embouchure du Mississippi, la flotte se trouva sur les côtes du Texas. La Salle s'étant aperçu de l'erreur, voulait rebrousser chemin; Beaujeu s'y opposa; ils se brouillèrent. Un bâtiment, poussé sur les brisants, s'échoua et fut englouti avec toutes les pro\dsions qu'il i)ortait. Beaujeu irrité, en attribuant la cause à La Salle, fit voile pour la France, abandonnant La Salle et ses compagnons.

Le premier soin des colons fiit de construire un fort pour se mettre à l'abri des sauvages;

on y laissa une centaine de personnes, et La Salle essaya de rejoindre par terre le Mississippi, tandis que le seul bâtiment qui lui restait, suivait la côte. Il éleva un autre fort, à seize milles au-dessus de Pembouchure du CoIoiImIo. On y transporta la colonie entière; on donna au nouveau fort le nom de Saint-Louis.

Cependant les Indiens, qui les poursuivaient sans cesse, massacrèrent le capitaine du bâtiment et douze matelots. Pour comble de mal-, heur, le navire assailli par une violente tempête, coula avec les munitions de guerre, les provisions dont il était charfçé.

Alors La Salle reprit son projet de rejoindre le Mississippi par terre. Accompagné de vingt liommes et de deux Indiens, il se mit en route, à travers des forêts, des niarecages. A la suite d'une marche de cent cinquante lieues, il tomba malade de fatigues et revint au fort de Saint-Louis. Après deux mois de repos il voulut se remettre en route; mais cet homme héroïque, qui venait de doter son pays du plus magnifique empire que jamais nation ait x)0ssédé, ne devait point jouir du fruit de ses travaux; il mourut, assassiné par ses compagnons révoltés. Les meurtriers se réfugièrent chez les Indiens, où ils périrent tous misérablement.

Quelques années après, un aventurier espagnol, explorant les rives du Colorado, trouva des ossements blanchis au milieu des ruines du fort Saint-Louis, et parmi les Indiens cinq enfants blancs qui parlaient français. Il les emmena avec lui; c'était tout ce qui restait de la colonie de La Salle.

Vous trouverez rarement dans l^stoire, mes enfants, un caractère aussi énergique, aussi persévérant, que celui de La Salle.

Malgré les plus grands revers, les épreuves de toutes sortes dont il fat accablé, il ne désespéra jamais de la fortune, et il fallut la balle d'un misérable assassin i)our ompêclier l'accomplissement de ses vastes projets, qui étaient la colonisation de la Louisiane.

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COLONISATION DE LA LOUISIANE.

La triste fin de La Salle que je vous ai ra- 1698 contée, dans le précédent chapitre, mes enfants, retarda de quelques années, la cx)loni-sation de la Louisiane. Mais en 1698 d'Iber-ville, officier de mérite, qui s'était distingué, dans la guerre contre les Anglais en 1690, fnt chargé par le comte de Pontchartrain, alors ministre de la marine, de reconnaître par mer Pembouchure du Mississippi. H explora la Baie de Mobile, l'Ile Dauphine et arriva enfin en Mars 1699 à l'embouchure du grand 16^ fleuve, n en remonta le cour^, et acquit la certitude qu'il avait atteint le but de ses travaux, en trouvant les divers signaux de reconnaissance érigés par La Salle. Iberville navigua quelque temps dans le lit inférieur du fleuve, puis revint dans la Baie de Biloxi, où il érigea un fort qui fiit pendant plusieurs années le centre des établissements français. Le commandement en fut donné à Sauvolle,

frère cadet cVIben^ille, auquel on adjoignit Bienville, plus jeune, en qualité de lieutenant. Iberville, repartit pour France, après avoir laissé deux petits bâtiments pour le service de la colonie.

Le premier soin de Sauvolle ftit de cherclier à établir l'union et la paix entre les tribus In-dieùnes du voisinage. Il envoya son frère Bienville avec quelques hommes, faire une expédition dans Tintérieur ; un chef, Bayagou-las, leur servait de guide ; ils pénétrèrent jusque sur le côté nord du Lac Pontchartrain, dans l'endroit où s'élève aujourd'hui le cliar-mant village de Mandeville qui était alors occupé par la puissante tribu des Oolapissas. Bienville, par sa justice et sa bonté, s'attacha les sauvages, et souvent il obtint leur concours, dans les circonstances diflftciles oîi il se trouva. Il retourna près de son frère lui rendre compte de sa mission, et repartit pour de nouvelles explorations. Ayant appris que les Anglais s'étaient avancés dans le Mississippi avec l'intention de fonder une colonie, Bienville leur fit rebrousser chemin, en leur disant que le fleuve qu'ils cherchaient était plus à l'Est, et que le pays oii ils se trouvaient faisait partie de la Nouvelle-France. L'en-

droit où cet événement s'est passé porte encore de nos jours le nom de : "Détour des Anglais."

Cependant Iberville revint bientôt avec de 1700 nouveaux colons 5 il apportait la confirmation, par le roi, du titre de gouverneur à SauvoUe, de celle de lieutenant-gouverneur à Bienville, et de commandant du fort de Biloxi à son cousin Boisbriant. Son premier soin fut de construire un fort à l'emboucbure du Mississippi afin d'en défendre l'entrée aux étrangers.

Lorsque les Français débarquèrent en Louisiane, mes enfants, les tribus Indiennes qui l'habitaient étaient au nombre de dix-huit, mais la plupart étaient l)eu considérables, quelques-unes comptaient à peine cinquante guerriers. Les plus importantes en armaient cinq cents. Ces malheureux sauvages vivaient dans un état continuel de guerre; les Français tentèrent vainement de rétablir la paix parmi eux ; les missionnaires leur enseignaient les arts agricoles et utiles; mais dès que l'occasion se présentait, ils quittaient leurs paisibles travaux pour courir au combat. Les plus importantes de ces tribus étaient les Oûmas qui occupaient le territoire de Bâton-Eouge. Les Tangii)aos

qui vivaient sur les bords de la rivière Ainite, Plus à l'Est étaient les Colapissas, les Baya-goulas qui occupaient depuis la rivière Iber-ville (maintenant bayou Mancliac) jusqu'aux limites du lac Pontchartrain. Les Chétima-chas habitaient sur les rives de la Fourche, qui porta d'abord leur nom. Dans le territoire de Attakapas, existait la tribu de ce nom, qui signifie mangeurs d'hommes, elle était réputée anthropophage. A la Pointe-Coupée étaient les Tunicas ; àl'embouchure de la rivière Kouge la tribu des Avoydles. Les Chactas habitaient les bords de la rivière Tombeckbie 5 de tous ces sauvages, c'étaient les plus rapprochés des Européens par leurs idées morales; ils avaient des poètes, qui tous les ans produisaient des chansons, pour la grande fête du feu nouveau, car la plupart étaient adorateurs du Soleil. Mais les plus nombreux et les plus féroces de tous ces Indiens étaient les Natchez et les Chickasas, qui, comme vous le verrez I)lus tard, furent les plus cruels ennemis des Français. 1701 Iberville résolut de visiter toutes ces tribus indiennes et d'entretenir avec elles des relations amicales. Il remonta le fleuve jusqu'à l'endroit oii s'élève aujourd'hui la ville de î^at-

chez, et charmé de la beauté du pays qui dominait le Mississippi, il ordonna la construction d'un fort, auquel serait donné le nom de Eo-salie, du nom de la comtesse de Pontchartrain,

Pendant leur séjour dans ce pays, les Fraur çais furent témoins d'un spectacle aflEreux 5 le feu ayant pris au temple de leur principale divinité, les î^atchez jetaient dans les flammes des victimes humaines afin (disaient-ils) d'apaiser la colère de leur dieu ; des mères mêmes y jetaient leurs enfants. Iberville employa toute son autorité ix)ur arrêter ces horribles sacrifices.

Voyant que la colonie faisait peu de progrès, Iberville repaitit pour France afin d'obtenir de nouveaux secours. Ce qui avait causé ce l)eu de progrès de la colonie était la fausse croyance que la Louisiane, comme le Mexique et le Pérou, renfermait des mines d'or et d'argent; au lieu de cultiver les terres, les colons passaient leur temps à la recherche de ces mines, ou à courir dans les bois, à la chasse et à la pêche.

La Louisiane ne devint prospère que lorsqu'on eut reconnu que sa seule richesse était la fertilité de son sol.

Les colons furent punis de leur imj)ré-4

1702 voyance, car bieutôt ils mauquèrent de vivres, et à la famine saccédèrent les maladies, qui enlevèrent cent cinquante personnes.

Iberville revint bientôt avec de nouvelles forces, mais en arrivant il eut la douleur d'apprendre la mort de sont frère SauvoUe, qui avait succombé aux fièvres qui décimaient la colonie. Bienville lui succéda comme gouverneur.

Iberville fit transporter le siège de la colonie à Mobile et laissa vingt hommes à la garde du fort de Biloxi. Des provisions arrivèrent de Vera Cruz et ramenèrent l'abondance. On colonisa l'Ile Dauphine dont le mouillage était plus sûr que celui de Biloxi ou de Mobile.

1704 La colonie vit arriver avec joie de nouveaux colons amenés du Canada par Ghateaugué, frère de Bienville, et bientôt après un vaisseau amena de France vingt-trois jeunes filles, qui venaient s'établir en Louisiane dont le séjour cependant ne leur parut pas très agréable, car elles se révoltèrent par suite de la nécessité par laquelle elles furent réduites à se nourrir de maïs.

1707 Cependant les tribus Indiennes continuaient à se détruire les unes les autres, et les Anglais qui étaient alors ennemis de la France, les

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poussaient à se soulever ; ils mirent leurs officiers à la tête des Chérokés et leur firent attaquer les Indiens nouvellement convertis au christianisme; d'un autre côté les Illinois, à leurs sollicitations, massacrèrent les Français établis parmi eux.

En 1708, Iberville mourut à Saint-Domingue de la fièvre jaune ; ce fut un grand malheur pour la Louisiane, car il s'était toujours occupé, comme vous avez pu le voir, avec beaucoup de sollicitude, des intérêts de la colonie; mais je dois vous dire quelques mots sur la vie de ce grand homme, que nous devons considérer comme le véritable fondateur de la Louisiane.

Lemoyne d'Iberville, né à Montréal en 1642, était le second des huit fils de Charles Lemoyne de Longueil, gentilhomme normand établi depuis 1640 au Canada.

Iberville se signala d'une manière hors ligne dans les luttes que les Canadiens engagèrent avec les Anglais, et si la cour de France lui avait accordé les secours qu'il sollicitait et qu'elle lui avait promis, le Canada aurait été tout entier sous la domination de la France. Il me serait impossible de vous énumérer ici, mes enfants, tous les hauts faits d'armes qu'ac-

complit Iberville avec quelques vaisseaux et une poignée d'hommes déterminés, mais le plus célèbre de tous ses exploits est celui qu'il accomplit lorsque commandant le Pélican, il livra bataille à trois navires anglais, prit l'un des vaisseaux, en coula un autre et mit en fuite le troisième.

On lui doit la première reconnaissance complète et certaine de l'embouchure du Mississippi. La seule récompense accordée à tant de services par le gouvernement français fut le grade de capitaine de vaisseau. La mort d'Iberville causa de longs regrets au Canada et en Louisiane; tous les colons exaltaient à l'envie sa bravoure, sa douceur et sa justice. 1708 Les Chétimachas ayant tué quelques Français, BienviUe résolut de les punir ; il envoya contre eux un jeune et brave oflBcier nommé Saint-Denis à la tête d'un corps de Canadiens et de sauvages alliés et ils furent sévèrement châtiés. BienviUe de son côté, conduisit trois cents hommes au secours de Pensacole qui était assiégée par les Anglais qui se retirèrent à son approche.

Cepandant la cour de France, voyant le peu de progrès de la colonie, voulut en changer le gouvernement. Elle fut séparée du Canada

dont elle avait jusqu'alors dépendu, et l'on nomma pour la gouverner deux officiers supérieurs : De Muys, en qualité de gouverneur 5 et Diron d'Artaguette comme commissaire-ordonnateur; mais de Muys étant mort à la Havane, Bien ville garda son emploi ; il avait eu bien des difficultés à supporter avec La Salle, l'ancien commissaire-ordonnateur, qui l'accusa de malversation ainsi que ses frères. D'Artaguette vérifia les faits allégués contre Bien\âlle et.en reconnut la fausseté; il retourna en France convaincu que la i)rospérité de la colonie serait paralysée tant qu'on ne mettrait pas de plus grands moyens à la disposition de ses gouverneurs.

C'est d'après le rapport de d'Artaguette que 1712 le commerce de la Louisiane fut cédé à un riche négociant nommé Crozat, qui devait le conserver quiuze ans, le gouvernement se réservait seulement l'administration du pays. Le personnel de la nouvelle administration arriva en 1713 : il était composé de Lamothe-Cadillac comme gouverneur, de Duclos, Lebas Dirigoin et Laloire des Ursins comme directeurs.

A cette époque-là, mes enfants, la Louisiane ne renfermait que 400 colons ainsi

distribués: deux compagnies de cinquante hommes chacune, soixante canadiens volontaires, vingt-huit familles blanches et vingt nègres. Cinq forts, avaient été constmit-s, un à Biloxi, les autres à la Mobile, à la Balize, à rHe Dauphine et à l'Ile aux Vaisseaux.

1714 Cependant Crozat avait établi de vastes magasins à l'Ile aux Vaisseaux, dans l'espoir de faire un grand commerce avec le Mexique ; mais, malheureusement pour lui, la paix s'étant faite entre l'Angleterre et l'Espagne, les Anglais ofirirent aux Espagnols leurs marchandises à des prix inférieurs aux siens; désappointé, il se mit à chercher, lui aussi, des mines d'or, et comme il n'y en a jamais eu en Louisiane, il ne put en trouver. Il ne pouvait comprendre que l'agriculture l'eût plus sûrement enrichi, car le sol de la Louisiane est propre à toutes sortes de culture ; le coton, l'indigo, le riz, le tabac réussissaient fort bien, mais on ne cultivait que les légumes ; les seuls objets d'exportation étaient des peaux, des fourrures, fournies par les Canadiens coureurs de bois, disséminés parmi les tribus Indiennes.

X715 Malheureusement la division se mit entre Lamothe-Cadillac et Bienville. Le nouveau gouverneur avait bien apporté à Bienville le

brevet de lieutenant-gauvemeur, mais cet emploi Bubalterue ne x)oayait le contenter, et cette division funeste prit bientôt un caractère plus grave, par le r.efiis que fit Bienville d'épouser la fille de Cadillac.

Les Katchez ayant massacré quelques Fran- 1716 çais, Cadillac envoya contre eux Bien ville avec cinquante hommes seulement dans l'espoir q^e ces sauvages le débarrasseraient de son ennemi. Mais par son attitude Bienville sut inspirer une telle crainte aux iN'atchez, et prit sur eux un tel ascendant qu'il leur fit construire le fort dont d'Iberville avait autrefois tracé le plan, et dans lequel il laissa une garnison avant de rentrer à Mobile (4 Octobre 1716.)

Le zèle et l'activité de Bienville fiirent récompensés parle grade de commandant en chef de tous les établissements français sur le Mississippi. Cependant Cadillac étant rappelé, de l'Epinay lui succéda comme gouverneur, ce qui fiit un grand sujet de mécontentement pour Bienville et tous les officiers de la garnison qui lui étaient attachés. La croix de Saint-Louis qui lui avait été accordée ainsi que la concession de l'Ile de Horn sur les côtes de l'Etat actuel de l'Alabama, ne pouvaient le consoler de ce qu'il regardait comme une disgrâce.

24 COLONISATION DE LA LOUISIANE.

Crozat ne retirant aucun bénéfice de son monopole, remit le commerce de la Louisiane entre les mains du gouvernement. Ce fut un bonheur pour la colonie. A l'exception de trois forts construits dans les terres des Natchito-ches et des Alibamons, il n'avait fait que retarder les progrès des établissements de la Louisiane.

FONDATION DE LA NLLE-ORLÉANS. 26

FONDATION

DE LA NOUVELLEOELÉANS.

Vous avez vu, mes enfants, les premiers colons passer par de bien grandes épreuves 5 maintenant une ère plus prospère va s'ouvrir pour eux.

Le gouvernement, après avoir repris la colonie des mains de Grozat, la céda à une compagnie qui eut la plus heureuse influence sur la Louisiane.

Cette compagnie qui avait pris le nom de : 1717 "Compagnie du Mississippi," fiit organisée par un célèbre financier, nommé John Law 5 elle prit possession de la colonie par la nomination de Bienville au gouvernement, et par renvoi de trois navires chargés de colons et de soldats.

Elle devait, pendant la durée de son privilège, qui était de vingt-cinq ans, transporter

e j Louisiane six mille blancs et trois mille nègres. A ces conditions, elle eut tout le commerce de la Louisiane, Bile pouvait faire la paix ou la guerre avec les Indiens, vendre les terres, exploiter les mines, bâtir des forts, équiper des bâtiments.

En peu de temps elle vendit à très bas prix une immense quantité de terres; elle représentait la Louisiane, comme un pays enchanteur, x>ossédant des mines d'or et d'argent ; aussi, lorsque les nouveaux propriétaires arrivèrent, furent-ils cruellement désenchantés. Un grand nombre de ces colons périrent, les autres, après bien des peines, se rendirent à Pascagoula, à Bâton-Bouge ou aux Illinois, où ils devaient s'établir.

Voyant que les divers endroits oocui)és jusqu'alors n'étaient plus tenableS, il fut décidé par le conseil de la compagnie que l'on jette-i*ait les fondements d'une ville de commerce sur les rives mêmes du Mississippi. ,

Au mois de Mars 1717, Bienville prit avec lui, en partant de Biloxi, soixante hommes, charpentiers ou mineurs, pour abattre les bois et nettoyer les terres faisant face au fleuve, en venant du bayou Saint-Jean, qui servait à

cette époque de voie de commimication entre le Mississippi et le lac Pontchartrain. Les Indiens Bayagoulas avaient, les premiers, indiqué à Iberville et à son frère Bienville ce chemin de la mer au fleuve par le bayou, et ce qui avait décidé Bienville pour le site de l'ancien carré de la ville, c'était précisément ce voisinage du bayou Saint-Jean, car l'absence de routes par terre rendait les voies d'eau plus nécessaires, et comme dans ce temps-là, mes enfants, les voitures étaient inconnues en Louisiane, les bateaux et les pirogues en tenaient lieu.

Une chronique du temps raconte que pendant les travaux de nettoyage du bois et des broussailles du marécage, les dindes sauvages et autres gibiers étaient si peu farouches, qu'ils couchaient tranquillement sur les branches inférieures des chênes verts, et que les travailleurs n'avaient qu'à allonger la main jjour les prendre.

La première bâtisse fut un magasin du roi, jyjg qui devait contenir les marchandises que l'on destinait aux chefs Indiens afin d'assurer leurs neutralité, et qui servait en même temps à loger une partie des travailleurs, les autres de-meuraut sous des tentes ou de petites cabanes

couvertes de lataniers, comme le font encore de nos jours les amateurs de chasse.

Le plan de la nouvelle viUe était dû à l'ingénieur Pauger. Au centre était la place d'armes ; les rues, bien alignées, coupées à angles droit, étaient divisées par des rues parallèles au fleuve, de sorte que les blocs de maisons formaient un carré régulier. Cette ville, que vous voyez maintenant si brillante, si animée, ne contenait d'abord qu'une centaine de ï)etites malsons basses, en bois ^ vous pouvez retrouver encore dans le quartier français quelques unes de ces chétives et vieilles maisons qui remplacèrent les huttes des sauvages. Tels furent les commencements de la Kouvelle-Or-léans, qui fut ainsi nommée en l'honneur du duc d'Orléans, régent de France, pendant la minorité de Louis XV. La plupart des rues reçurent les noms des princes de la famille royale de France 5 l'une d'elles fiit nommée d'après l'illustre fondateur de la ville, Bienville.

Après avoir jeté les fondements d'une grande ville, la compagnie organisa d'immenses défrî-chememts, et partout se formaient de vastes plantations où on cultivait le riz, le tabac, le coton et l'indigo. Le directeur de la compagnie, Archambault, et Sérigny, frère de Bien-

ville, amenèrent de nouveaux colons; tout semblait présager des jours prospères à la colonie, lorsque la guerre, qui éclata entre la France et l'Espagne, vint encore en retarder les progrès.

Bienville, ayant reçu l'ordre d'attaquer Pen- 1719 sacole, s'en empara rapidement et y laissa son trêve Ghateaugué, avec deux cents hommes seulement. Quelques jours après, elle fut reprise par un armement de dix-huit cents hommes venus de la Havane. Les Espagnols, enhardis par ce succès, se crurent assez forts pour conquérir la Louisiane; ils assiégèrent les forts de Mobile et de l'île Dauphine, d'oîi ils forent repoussés avec perte. Une escadre française étant arrivée, Bienville marcha de nouveau sur Pensa<îole, et, malgré la courageuse défense des Espagnols, elle fiit reprise ; on fit dix-huit cents prisonniers, les Français ne perdirent que six hommes.

Bienville désirait que le siège du gouvernement fût établi à la Kouvelle-Orléans, mais Archambault voulait qu'il fût à Biloxi; il espérait, en choisissant une position centrale entre la baie de Mobile et le Mississippi, donner deux grandes issues au commerce de la Louisiane ; mais les rives de la Baie de Biloxi n'étaient

favorables ni à la culture ni au commerce. Le sol y était sablonneux et ingrat ; la baie elle-même n'offrait aux vaisseaux qu'un mouillage peu sûr. Ce choix mallieiu'eux entrava encore les progrès de la colonie.

1721 De nouveaux colons arrivèrent sur un bâtiment de la compagnie, c'étaient deux cent cinquante Allemands, sous la conduite du chevalier d'Arensbourg, officier Suédois qui s'était distingué au service d'un grand roi de Suède nommé Charles XII, dont vous lirez l'histoire, dans des livres plus importants que celui-ci. Ce même bâtiment portait aux colons la triste nouvelle de la banqueroute de Law. Ce fut un grand désespoir pour eux de se voir ainsi abandonnés à leurs propres ressources, quand ils n'avaient quitté leur pays que d'après les mensongères promesses de cet aventurier.

Le 15 Juillet de l'année 1722 arriva Duver-gier, qui venait d'être nommé directeur et commandant de la marine; il débarqua à Pensacole, portant la croix de Saint-Louis à Boisbriant, à Saint-Denis et à Chateaugué, en récompense de leur belle conduite à la prise de Pensacole.

1722 ^^ rendit à Bienville la présidence du conseil, et il en profita pour faire transporter à la

Kouvelle-Orléans le siège du gouvernement. Cette ville s'était augmentée d'une centaine de maisons, et d'une petite chapelle 5 elle avait trois cents habitants.

La Louisiane fut divisée en neuf districts : la Nouvelle-Orléans, Biloxi, Mobile, les Aliba-mons, les Natchez, les Natchitoches, les Ya-zoos, les Arkansas et les Illinois; chaque district fut pourvu d'un juge relevant du con-seil de la compagnie.

Gei)endant les Allemands qui s'étaient établis sur les rives de l'Arkansas, en apprenant la banqueroute de Law, voulurent retourner dans leur pays 5 ils descendirent à la Nouvelle-Orléans, et Bienville réussit à les retenir, en leur donnant des terres sur la rive du fleuve connue pendant longtemps sous le nom de côte des Allemands. (C'est aujourd'hui la paroisse Saint-Charles.)

Nous avons déjà vu, mes enfants, les colons 1723 passer par bien des épreuves ; une autre vint les atteindre, contre laquelle toute la sagesse humaine ne pouvait rien. Ce fut un ouragan terrible qui eût lieu le 11 Septembre 1723 ; il dura trois jours, et détruisit presque toute la Nouvelle-Orléans, qui commençait à s'embellir; l'église, l'hôpital et trente maisons furent

renversées, trois navires dans le port furent brisés. Toute la récolte de riz et de maïs fut détruite ; la désolation était à son comble; les habitants désespérés voyaient toutes leurs espérances détruites. La disette devint si grande qu'une compagnie d'infanterie, embarquée à Biloxi, refusa de venir à la Kouvelle-Ôrléans, s'empara du bâtiment et fit voile pour Ohar-leston, avec armes et bagages. 1724 I^s besoins spirituels de la colonie ne furent point oubliés, la Louisiane fiit divisée en trois grands districts ecclésiastiques. Le premier, dirigé par les capucins, s'étendait de l'embouchure du Mississippi aux lUinois. Les Carmélites avaient la direction de toute la section qui s'étendait de l'Alabama à Mobile. Les Jésuites, depuis les Illinois jusqu'au Wabash. On construisit des églises, des chapelles, car les colons s'étaient plaints de n'avoir aucun lieu abrité pour entendre la messe. La religion catholique fut déclarée religion de l'Etat, les juifs furent bannis.

Cependant Bienville, malgré son beau et noble caractère, malgré le zèle et l'activité qu'il déployait pour la prospérité de la Louisiane, avait de nombreux ennemis, qui s'efforçaient de le noircir aux yeux de la compagnie-

Il eut le chagrin de recevoir, le 16 janvier 1724, une dépêche du gouvernement lui ordonnant de se rendre en France pour rendre compte de sa conduite. Son cousin Boisbriant était nommé gouverneur par intérim.

A son arrivée en France, BienviUe présenta sa défense. Il représenta qu'il avait honorablement servi son pays pendant trente-quatre ans; qu'il avait été dangereusement blessé dans un combat naval ; que sous les ordres de son frère Iberville il avait découvert l'embouchure du Mississippi et établi la colonie de la Louisiane; que pendant vingt-sept ans, il avait voué son existence à la prospérité de la colonie ; que ses frères, comme lui, avaient consacré leur vie au service de leur pays. Vains efforts I malgré la justice de sa cause et les bons offices de ses amis, qui, de la Louisiane envoyèrent en sa faveur une pétition signée des principaux habitants, il perdit sa place et eût la douleur de voir ses frères partager sa disgrâce.

Le 9 Août 1726, Périer fut nommé gouverneur de la Louisiane et de la Chaise commissaire du roi. Périer signala son entrée au gouvernement par d'importantes améliorations.

Il ordonna l'érection d'une levée pour la pro-e

34 FONDATION DE LA NLLE-OBLÉANS.

tectîon de là» ville contre les débordements du fleuve et fit tracer des routes. La terre ayant pris de la valeur, il annula tous les droits aux terrains vacants, ordonna aux propriétaires de produire leur titres ; et fixa à vingt arpents de fe,ce au fleuve la part de chaque travailleur. 1728 Par ^ui© ordonnance du 7 Septembre, les forces militaires coloniales furent réduites de vingt compagnies à dix, en tout huit cents hommes de garnison. Ainsi le gouvernement diminuait les moyens de défense de la colonie au moment même oilles sauvages allaient la mettre, comme vous le verrez dans le prochain chapitre, à deux doigts de sa perte.

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GUEEEB DES FATCHBZ.

Je ne sais, mes enfants, ai vous vous souve- 1728 nez de ces terribles ISTatchez, dont je vous ai déjà parié comme des plus dangereux ennemis, des Français.

C'étaient les plus belliqueux et les plus indépendants des Indiens établis en Louisiane. Selon leurs propres traditions, ils descendaient d'une peuplade qui avait émigré du Mexique pour se soustraire au joug des Espagnols; leur physionomie était flère et intelligente, leur teint plus clair que celui des autres indigènes, leur taille haute et bien proportionnée. La guerre était leur passion dominante ; ils connaissaient l'art de faire des retranchements en tverre pour y mettre leurs femmes et leurs enfants à l'abri des flèches. Us étaient gouvernés par des chefs qui avaient sur eux une autorité illimitée, et portaient le titre de Grand-Soleil.

Les Natchez firent d'abord un bon accueil à Ibervîlle parce qu'ils croyaient n'avoir rien à craindre de lui ; mais lorsqu'ils virent les Français prendre possession de leur sol, ils résolurent de les en chasser ou de périr.

Un ligue formidable se trama entre toutes les tribus Indiennes dont je vous ai parlé, et ce fut le manque d'union entre elles, qui sauva les Français d'un massacre général.

Les nations fidèles aux Français étdient les niinois, les Arkansas et les Tensas. Led Chactas protestaient de leur dévouement, mais on ne pouvait se fier à eux. Les Ghickasas remirent à un autre temps leurs projets de vengeance, mais il n'en fut pas de même des Natchez irrités contre le commandant du fort Bosalie.

Ce commandant, nommé Chépart, était un homme ^vare, dur et injuste envers ses propres soldats ; il traitait les Indiens avec la der* nière cruauté ; vous verrez bientôt qu'il en fClt cruellement puni.

Voulant former une grande habitation, il résolut de s'emparer injustement d'un village nomméla Pomme Blanche, qui était occupé par une tribu de Natchez. Le chef de la tribu qu'il allait dépouiller, chercha vainement à le

toucher : pour toute grâce il obtint que ses sujets ne seraient point chassés avant la moisson. Alors, indigné de la dureté de cet homme, il convoqua tous les chefs Indiens en conseil, leur fit un discours éloquent et obtint leur concours pour massacrer les Français. Toutes les tribus reçurent des Natchez un paquet de roseaux de nombre égal, on devait en brûler un par jour; le dernier donnerait la date du massacre.

On dit que la princesse Bras Fiqué^ mère du Grand-Soleil et amie des colons, fit avertir le commandant, qui ne voulut pas la croire.

Le jour désigné les Natchez se présentèrent en foule, devant le fort, sous prétexte de payer le tribut ; on leur ouvrit les portes sans défiance; les soldats surpris furent facilement égorgés, et Chépart, le plus abhorré, fut voué à la mort la plus ignomineuse parmi les sauvages ; il fut livré aux femmes qui le firent mourir dans d'horribles tortures. Tous les habitants de la colonie furent massacrés, excepté lés femmes et les enfants qu'on garda prisonniers dans le fort. Les nègres se rendirent sans défense ; la plupart d'ailleurs étaient du complot.

Les Natchez, croyant avoir détruit tous les

Français, se livrèrent à une joie extravagante, ils élevèrent une pyramide formée des têtes des Français, et se mirent à exécuter alentour comme une ronde infernale, sous les yeux mêmes de leurs malheureuses captives.

La teiTible nouvelle du massacre fut portée à la li^ouvelle-Orléans par un nommé Eicard, qui y avait échappé comme par miracle ; elle y répandit la terreur. Mais je dois ici vous dire avec regret que le gouverneur Périer se montra presque aussi cruel que les sauvages. U y avait au-dessous de la ville un viUage habité par les Chouachas: il les crut complices de la conjuration, et les fit égorger par les nègres ; dans une autre occasion il fit brûler vife quatre prisonniers Natchez. Les Tunicas ayant conduit à la Kouvelle-Orléans une femme Natchez, elle fut condamnée à être brûlée vive en grande cérémonie. Une plateforme fut élevée entre la ville et la levée, la victime y fut attachée, et subit son horrible supplice avec le plus grand courage, devant toute une foule accourue là pour assister à cet affreux sx>ec-tacle. Il faut nous souvenir de toutes les atrocités commises par les Indiens pour essayer de comprendre que des chrétiens se soient rendus complices de telles atrocités.

Cependant les Chaetas, se croyant trahis 1730 par les Natehez, qui ne leur avaient point fait part des dépouilles de leurs victimes, vinrent oflWr leurs services au gouverneur Périer.

Us marchèrent au nombre de douze cents sous les ordres d'un brave officier, nommé Lesueur, contre les Natchez ; ils leur tuèrent quatre-vingts hommes, délivrèrent cinquante femmes ou enfants et cent six nègres. Bientôt les Louisianais, sous les ordres de Loubois, s'avancèrent suivis de cinq cents Chétimachas, Oumas ou Tunicas ; c'étaient toutes les forces de la colonie.

On trouva leslSTatchez fortement retranchés; ils se défendirent courageusement x)endant plusieurs jours. Us demandèrent enfin à capituler, promettant de rendre leurs prisonnières et menaçant de les mettre à mort si leurs propositions étaient rejetées. Loubois feignit •d'y consentir. Quand il eut entre ses mains les femmes et les enfants, il fit construire un fort près du leur, pour les tenir prisonniers. Mais, profitant d'une nuit obscure, ils s'enfuirent ; une partie se réfugia chez les Chicka-sas, les autres traversèrent le fleuve et s'enfoncèrent dans les forêts.

Loubois, en récompense de ses services, fut

nommé major-commandant de la Kouvelle-Orléans. Périer fit construire huit petits forts détachés, entre la ville et Natchez, pour la meilleure protection des habitants.

Les pauvres victimes échappées au massacre furent reçues à la Nouvelle-Orléans avec la plus grande humanité, entretenues à l'hôpital de charité et soignées par les bonnes sœurs XJrsulines. 1731 I^eiu de temps après, Périer reçut des troupes de France et se disposait à poursuivre les Natchez, lorsque les nègres, qui avaient exterminé les Chouachas, concertèrent le meurtre de leurs maîtres. Leur complot fut découvert à temps; les principaux chefs périrent sur réchafaud, les autres furent sévèrement punis. Cependant les Natchez s'étaient réfugiés vers la rivière Noire et s'y étaient fortement retranchés. Périer, qui était décidé à les exterminer, marcha contre eux, à la tête de cinq cent cinquante soldats bien disciplinés,' et d'une forte artillerie. Ce redoutable appareil de guerre, ces canons prêts à les anéantir, glacèrent leur courage. Le Grand Soleil vint au camp du gouverneur, suivi du CcuAque des vivres^ auteur du massacre : on les retint prisonniers. Ce dernier parvint à s'échapper pendant

la nuit, lie leudeiuaîu soixante^dix hommes et deux cents femmes, parmi lesquelles se trouvait la mère du Grand-Soîeil, se rendirent. Le reste ne voulut pas se soumettre et réussit en grande partie à s'évader.

Tous les prisonniers, à Fexception du Grand-Soleil et de sa mère, furent vendus à Saint-Domingue comme esclaves.

Les tristes nouvelles de cette guerre et les 1732 dépenses qu'elle occasionnait, décidèrent la compagnie à remettre au roi le gouvernement de la colonie. Elle avait possédé la Louisiane pendant quatorze ans, et la laissait peuplée de cinq mille blancs et de deux mille cinq cents nègres. Elle avait fondé la Nouvelle-Orléans et construit dans cette ville des édifices publics ; chez les tribus Indiennes elle avait bâti des forts. L'agriculture avait prospéré par ses soins, enfin jamais sous le gouvernement français la Louisiane n'avait été plus florissante.

En apprenant le triste sort de leurs frères, les Katchez fugitifs s'armèrent d'un courage désespéré. Le cacique des vivres, à la tête de deux cent guerriers, pénétra chez les Tunicas, alliés des Français, qu'il combattit pendant cinq jours. Il ne se retira que rassasié de carnage. Ces malheureux proscrits marchèrent 7

ensuite contre les Katchitoches et osèrent attaquer le fort où Saint-Denis commandait; mais cet officier, ayant reçu un renfort d'Espagnols et d'Arkansas, attaqua à son tour les ]S"atchez, et leur tua quatre-vingt dix hommes.

Cette perte fut irréparable; ils se disper-rent et se perdirent parmi les autres tribus Indiennes. 1735 A cette date, mes enfants, Bienville fut renommé gouverneur, à la grande satisfaction des Louisianais qui avaient conservé pour lui la plus grande affection. Le gouverneur Perler, en récompense de ses services, fut nommé Lieutenant-Grénéral. Il avait été six ans gouverneur de la Louisiane; il y laissait la réputation d'un honnête homme, mais d'un caractère inflexible. Cependant il est juste d'ajouter que cette implacable sévérité, dont nous n'avons pu nous empêcher de blâmer les excès, avait été nécessaire dans les circonstances terribles où il s'était trouvé, pour sauver la colonie d'une entière destruction.

Les Katchez n'étaient pas les seuls ennemis de la colonie; les Chickasas déclarèrent à leur tour la guerre et ils massacrèrent bientôt plusieurs Français. Bienville désirant user de moyens de conciliation, leur demanda les

meurtriers; Us les refusèrent, sous prétexte qu'ils les avaient adoptés. Avant de commencer la guerre, Bienville ordonna au chevalier d'Artaguette, qui commandait le fort de Chartres dans Flllinois, de venir le joindre- Ce jeune officier descendit promptement le Mississippi, à la tête de douze centç hommes, presque tous Indiens. H arriva avant Bienville.

Les Chickajsas étaient plus de deux mille guerriers; ils occuf)aient des forteresses et étaient commandés par des officiers anglais. Les Indiens de d'Artaguette engagèrent le combat malgré Tavis de leur chef. Celui-ci se mit à leur tête, combattit avec la plus grande valeur, et couvert de blessures, tomba entre les mains des Chickasas. Le père Sénac, missionnaire Jésuite, un officier, nommé du Tisné, Lalande, capitaine, et six soldats furent faits prisonniers. La victoire des Chickasas était complète.

Bienville arriva peu après et ne fut pas plus heureux; il perdit environ deux mille hommes, tués ou blessés. N'ayant pu enlever ses morts, il les vit le lendemain coupés par morceaux et cloués aux palissades ennemies.

Le malheureux d'Artaguette et ses compa-

gnons furent brûlés à i)etit feu, selon la cruelle coutume des Indiens.

La triste fin de d'Artaguette produisit dans la colonie la même consternation que le massacre des ISTatchez, et rinsuC/Cès de la campagne de Bienville mit la dissension parmi les colons.

Bien ville, désirant en finir avec ces sauvages, voulut les attaquer avec toutes les forces réunies du Canada et ô^ la Louisiane. Le comte de Beauhamais, gouverneur du Canada, lui envoya des troupes de Québec et de Montréal et des Indiens du Canada. Bienville, à la tête de ses troupes, rejoignit les Canadiens à l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Memphis. L'armée réunie était de trois faille six cents hommes, dont douze cents Européens. Malheureusement les maladies se mirent parmi les blancs et en enlevèrent une grande partie.

1740 La guerre fut commencée par les sauvages du Canada ; mais à l'approche de cette armée qui leur parut innombrable, les Chîckasas furent saisis de terreur 5 ils demandèrent la paix, disant qu'ils avaient été poussés par les Anglais de la Caroline. Pour désarmer les Français ils leur livrèrent les Anglais qui étaient parmi eux. Bienville se laissa vaincre

par leurs démonstrations amicales et leur ac-corda la paix.

Peu de temps après, découragé par ses revers, BienviUe demanda son rappel. Mais avant de quitter pour toujours la Louisiane, il lui donna encore des témoignages de son affection, en sollicitant l'établissement d'un collège, et s'appliqua à établir de bonnes relations entre les Indiens et les colons.

BienviUe, comme son frère Iberville, était né à Montréal, Canada ; il était le quatrième fils du baron de Longueil, et prit le titre de chevalier de Bien ville à la mort de son frère aîné François, tué dans une bataille contre les Iroquois. H entra à l'âge de quatorze ans dans la marine française et servit sous son frère Iberville. Vous avez pu voir au cours de cette histoire quel frit son dévouement pour la Louisiane, et combien il frit secondé par ses frères. Que de seryices rendus par cette noble famille de Longueil : Iberville, Sauvolle, Bien-ville, Ghâteaugué, Sérigny ont consacré leur vie à la colonisation de la Louisiane, et cependant leurs noms sont presque dans l'oubli. BienviUe, lui, plus heureux que ses frères, a vu son nom attaché à la fondation d'une vUle destinée à être un des plus grands centres de

la terre. Mais dans cette ville aucun monu [

ment ne vient rappeler aux Louisianais ce i

qu'ils doivent à celui que Ton a surnommé à f

juste titre: '^ Le père delà Louisiane.'' Une ^ rue porte son nom, comme je vous l'ai déjà dit,

et là se borne la reconnaissance du pays

PEETE DU CAÎ^ADA.

Le Marquis de Vaudreuil, successeur de Bienville, arriva à la Nouvelle-Orléans le 10 Mai 1743 ; la nomination dur nouveau gouverneur donna de grandes espérances aux Loui-sianaîs. On savait qu'il appartenait à une famille puissante et que son père avait été gouverneur de la Nouvelle-France. En eifet, jamais la Louisiane n'eut un si grand nombre de troupes que sous son administration et ne jouit d'une plus grande protection de la France; la générosité de son caractère, la noblesse de son maintien, le luxe dont il se plaisait à s'entourer et qui avait été jusqu'alors inconnu dans la pauvre Louisiane, lui firent donner le surnom de " Grand Marquis."

Nous lui devons l'importante amélioration 1743 des levées. Frappé des nombreux dégâts que les inondations du fleuve causaient aux récoltes, il ordonna à tous les habitants, sous

peine de confiscation de leurs terres, d'élever et d'entretenir sur les deux rives du fleuve les magnifiques levées qui existent encore de nos jours, n fixa les limites riveraines du district de la ISTouvelle-Orléans, de l'embouchure du Mississippi jusqu'à la côte des Allemands, et dans la profondeur jusqu'à Chantilly, que par corruption on nomme maintenant Gentilly.

Durant son administration, un ouragan affreux vingt ravager la Louisiane et détruisit la récolte de riz, qui depuis longtemps servait de pain aux colons. On fit venir des Illinois, alors très florissants, des provisions de toutes sortes, des grains, des viandes et plus de quatre mille sacs de farine.

Deux ans plus tard, un grand froid détruisit pour la première fois tous les orangers. 1751 A cette époque là, mes enfants, la Louisiane reçu le plus beau cadeau qu'elle eut pu jamais désirer, le plant de canne à sucre. Un navire portant des troupes s'étant arrêté à Saint-Domingue, les Jésuites de cette île demandèrent la permission d'envoyer aux Jésuites de la Louisiane des eannes à sucre et des esclaves sachant les cultiver. Les cannes furent plantées sur les terres des Jésuites, qui comprenaient la partie inférieure du faubourg Sainte-

Marie, à l'endroit où est maintenant le premier district, immédiatement après la rue du Canal. Mais il paraît que l'on ne sut pas en tirer parti, car ce ne fut que longtemps après que l'on fabriqua le sucre. La Louisiane n'en est pas moins redevable aux pères Jésuites de la naturalisation de cette plante qui a été, et est encore pour elle, la source d'une immense richesse.

A bord de ce même navire étaient soixante jeunes filles qu'on avait transportées aux frais du roi. Elles furent mariées à des soldats de bonne conduite ; on leur donna des terres, et pendant les trois premières années on fournit à chaque couple des rations de vivres, de la poudre, du plomb et des graines de toutes espèces.

Plusieurs familles respectables de la Louisiane ont cette humble origine et ne peuvent que s'enorgueillir, car elles ne doivent leur position qu'à l'honorabilité, à l'esprit d'onlre et de travail de leurs ancêtres.

En 1752, les Chickasas, poussés par les An glais, ayant renouvelé leurs déprédations. Monsieur de Vaudreuil se mit à la tête de sept cents hommes de troupes et d'un grand nombre d'Indiens, et avec ses forces considérables

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entreprit iTiie campagne qni ne fat pas pirrs heureuse que les précédentes. Il trouva les Chîckasas retranchés dans plusieurs forts que les Anglais les avaient aidés à bâth». N'ayant aucune artillerie de siège^ le marquis se contenta de dévaster le i>aySy et, après avoir agrandi le fort de Tombekbée, revint à la Nouvelle-Orléans.

Cette année, un Colapîssas ayant tué un Cliactas, les parents du mort s'adressèrent à Monsieur de Vaudreuil afin qu^l leur livrât le coupable. Le marqitis fit de vains efforts pour leur inspirer d'autres sentiments que celui de la vengeance; cependant il finit par donner l'ordre d'arrêter l'assassin qui défia néanmoins tonte? les poursuites. Dans cet inter\''alle, le père de celui dont on demandait 1^ sang, se rendit chez les Chactas, et leur offrit de mourir pour son fils. Sa proposition ayant été acceptée, le vieillard s'étendit sur le tronc d'un arbre et présenta sa tète qui fut tranchée d'un seul coup. Vous voyez par ce trait, mes enfants, que ces sauvages, si féroces pour leurs ennemis, n'étaient pas étrangers aux plus nobles sentiments de la nature.

Monsieur de Vaudreuil ayant été nommé gouverneur du Canada, Monsieur de Kerlerec,

cai)itaiiie daus la marine royale, fut appelé à le remplacer et arriva à la Balize le 24 Janvier 1753. .

Parvenu à la Nouvelle-Orléans le 3 Février^ il prit le 9 x)osses8ion du gouvernement.

C'était un olBftcier de mérite, qui, dans ses états de service comptait vingt-cinq campagnes sur mer et plusieurs blessures. En prenant le gouvernement de la colonie il se plaignait de n'avoir que de mauvais soldats sous ses ordres. En eifet, les années s'écoulaient, et on était toujours sous la dépendance des sauvages; cessait-on de les combler de présents, ils menaçaient aussitôt d'appeler les Anglais.

A cette époque, la guerre existait dans le Canada entre les Français et les Anglais. M. de Kerlerec, craignant que les Anglais ne vinssent attaquer la Louisiane, fit tous les I>réparatif8 nécessaii-es pour les repousser. Il écrivit souvent en France renouvelant ses demandes de secours, mais ne reçut même pas de réponse à ses graves et pressantes représentations.

Les événements qui se sont alors passés au Canada, ont eu de trop terribles conséquences pour la Louisiane pour que je puisse négliger de vous en parler.

. En 1748, il 8'était élevé de grandes contestations entre la France et l'Angleterre au sujet des rives de l'Ohio. Les Anglai§ prétendaient que ces rives appartenaient à la Virginie 5 les Français les rattachaient à la Louisiane. Les Anglais ayant appris que les Français avaient l'intention de réunir le Canada à la Louisiane par une route tracée sur ses terres inconnues, s'eiïbrcèrent d'empêcher l'exécution de ce projet. Un pfficier français, envoyé pour parlementer, fut assassiné. Cet attentat fut le signal de la lutte.

1755~ Plusieurs expéditions sortirent des colonies anglaises : l'une contre le fort Duquesne fut taillée en pièces, et son général en chef, Brad-dock, tué; l'autre réussit à s'emparer du reste de l'Acadie. Les Français, sous les ordres du célèbre Montcalm, prirent et rasèrent le fort d'Oswego, défendu par dix-huit cents hommes, repoussèrent les Anglais qui menaçaient Ticon-deroga, et se rendirent maîtres du fort William-Henri.

1753 Mais seize mille hommes, venus d'Angleterre, firent changer la face des affaires: la j>rise des forts de Frontenac et de Duquesne, défendus par de faibles garnisons, brisa cette chaîne de postes qui unissait le Canada à la

Louisiane. Les troupes du fort Duquesue, sous la conduite d'Aubry, descendirent le Mississippi jusqu'à la Kouvelle-Orléans, oîi elles furent reçues avec les lionneurs qu'elles méritaient, et l'on construisit pour elles des casernes dans la partie inférieure de la ville.

Le Canada fut envahi en 1759. Les Canadiens, délaissés par le gouvernement français, soutenus seulement par une poignée de soldats et un chef héroïque, Montcalm, se levèrent en masse et défendirent Québec pendant deux mois et demi. Enfin Québec se i*endit, à la suite d'un combat sanglant, où les deux généraux Montcalm et Wolf perdirent la vie. Le 8 Septembre 1760, fut signée la capitulation par laquelle le Canada cessait d'être la Nouvelle-France et devenait cohmie anglaise.

La conquête du Canada par les Anglais avait causé une pénible émotion. Un vague pressentiment faisait craindre aux Louisianais nn changement de domination. En effet, le 13 Novembre, le roi d'Espagne acceptait le don que le roi de France lui faisait de la Loui-Biane. L'acte de donation et l'acte d'acceptation furent tenus secrets, le roi de France continuant à agir comme souverain de la Louisiane.

En 1763 eut lieu ce honteux traité qui dépouillait la France des magnifiques provinces conquises par ses valeureux enfants. Par ce traité la France renonçait à ses prétentions à l'Acadie ou Kouvelle-Ecosse, et cédait à l'Angleterre le Canada ainsi qu'une partie de la Louisiane. Le roi d'Espagne cédait aussi à l'Angleterre la Floride, la baie de Pensacole ainsi que tout le pays qu'il possédait à l'Est et au Sud-Est du Mississippi.

Les Anglais se hâtèrent de prendre possession du territoire qu'ils avaient acquis de l'Espagne. Leurs vaisseaux remontaient le fleuve sous prétexte d'aller à Manchac et à Bâton-Rouge. Us avait construit à Manchac un fort qu'ils appelèrent le fort Bute, et de ce poste ils faisaient un grand commerce avec les habitants de la Louisiane. Le poste de Bâton-Rouge, qui avait été cédé aux Anglais, ne se composait alors que d'un petit fort et de quelques cabanes. On y voit de nos jours une jolie ville.

Voici quelle fut l'origine du nom de Bâton-Rouge. On sait que le cypre est d'une couleur' rougeâtre et s'élève à une hauteur prodigieuse. On raconte que dans ce temps on voyait en cet endroit un cypre fameux, duquel un charpen-

tier avait offert de faire deux pîrogiies. Les premiers voyageurs qui arrivèrent dans ce canton, s'écrièrent que cet arbre ferait un beau bâton. C'est ce qui fait qu'on a nommé cet endroit Bâton-Rouge.

La France cédait à l'Angleterre un sixième de la Louisiane et la navigation du Mississippi depuis sa source jusqu'à son embouchure; la rivière d'Iberville, les lacs Maurepas et Pont-cliartrain devaient former la ligne de séparation entre les possessions françaises et anglaises. Les sauvages dont les terres avaient été cédées aux Anglais, se montrèrent très mécontents, lorsqu'ils virent le drapeau de la France disparaître devant l'étendaitl Anglais; beaucoup d'entre eux abandonnèrent même leur territoire et se rendirent êi la Nouvelle-Orléans. Le gouverneur, touché de cette marque de fidélité, leur donna des terres sur la rive Oues^ du Mississippi.

Le 29 Juin 1764, M. d'Abbadie débarqua à 1764 la Kouv^elle-Orléans, et M. de Kerlerec partit pour France, où, à son arrivée, il fut enfermé . à la Bastille. ^ Cet emprisonnement avait été provoqué par le commissaire Rochemore qui avait accusé M. de Kerlerec d'avoir détourné à son propre profit les sommes d'argent qu'on

envoyait pour solder les troupes. Plus tard, son innocence ftit reconnue, mais trop tard; le chagrin avait fait son œuvre: il en mourut.

Au mois d'Octobre de la même année, d'Ab-badie re>cevait une lettre de son souverain qui lui donnait connaissance du traité cédant la Louisiane à l'Espagne. Ce fut un grand désespoir pour les Louisianais, mes enfants, de se voir ainsi abandonnés par la France. Ils résolurent de faire des représentations au gouvernement français, espérant que le roi, touché de leur amour et de leur fidélité, reviendrait sur l'acte de donation fait au roi d'Espagne. On convoqua une assemblée à laquelle assistèrent les habitants les plus influents de la colonie. Lafrenière, avocat général, dans un discours éloquent engagea le peuple à porter au roi de France ses justes réclamations. Cette mesure fut adoptée, et Jean Milhet, le plus riche négociant de la ville, fut chargé de cette importante mission.

Le 14 Février 1765, d'Abbadie mourut, et M. d'Aubry se trouva chargé du commandement de la colonie.

Vers la même époque, on vit arriver en Louisiane plusieurs familles Acadiennes, dans un état de détresse digne de pitié. A diiïé-

rentes reprises il en vint d'autres; enfin au cours de l'année l'émigration s'éleva à quatre cent soixante personnes, que l'on dirigea sur les Attakapas et les Opélousas sous le com-mandemeut de Louis Andry.

Ces pauvres gens n'avaient point volontairement quitté leur pays, et je dois vous en dire aussi l'histoire, afin que vous appreniez combien la politique peut rendre les hommes cniels envers leurs semblables. . . La colonie connue sous le nom d'Acadie avait été fondée en 1004 par plusieurs gentilshommes français, sous la direction du chevalier de Pontricourt. Elle fut prise par les Anglais, auxquels elle fut reprise en 1632 par MM. de Bazilly et d'Aulnay qui y conduisirent quarante familles françaises. Ces pauvres familles, abandonnées à elles-mêmes, formaient en 1710 une paroisse de 2,000 âmes. Les Anglais s'emparèrent définitivement de l'Acadie, lui donnèrent le nom de Nouvelle-Etîosse et à sa capitale. Port Royal, le nom d'Annapolis.

Les Anglais, inquiets de la fidélité des Aca-diens à la France, voulurent leur imposer un nouveau serment d'allégeance, celui qu'ils avaient d'abord pris portant la restriction qu'ils ne seraient jamais obligés de porter les

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armes contre la France; aussi les Acadiens étaient-ils désignés dans tonte l'Amérique du Nord, sous le nom de French NeutraU, Les Anglais exigeaient un second serment, sans réserve celui-là, et jaloux de cette fidélité à la mère-patrie, ils résolurent d'y mettre un terme. Ils filant armer leurs villages par les milices de la Nouvelle-Angleterre en 1755 ; toute la ]>opulation fut enlevée, dans les églises, un jour de Dimanche ; hommes femmes et enfants furent déportés dans les colonies anglaises. TJn grand poète américain, dont vous lirez sans doute les œuvres lorsque vous serez plus grands : Longfellow, a tracé dans son poënie d'Evangéline un émouvant tableau de cette ])roscription cruelle, sans préiîédent dans l'histoire.

Les colonies anglaises reçurent avec ])itié ces infortunés et leur vinrent en aide ; les Indiens même à la vue d'une si grande misère, leur apportaient le tribut de leurs chasses et leur servaient de guides dans les forets. Enfin, après des fatigues inouïes, ils arrivèrent en Ijouisiane, où ils es])éraient trouver des amis, des frères, et leur espoir ne fut point trompé (*ar jamais l'humanité ne se montra ])lus com-}>lète, jamais la charité ne fut plus prodigue.

Ou leur douua des terres et des ustensiles aratoires. Chaque, chef de famille prit possession d'uu vaste terrain et reçut du gouvernement, l)endaut une année, la paie et la ration d'un soldat.

L'émigration des Acadiens donna à la Louisiane une population probe, laborieuse, qui lui fut un élément de prosi)érité.

(M) LES MARTYKS

LES MAKTYKS DE LA LOUISIANE.

Vous lie pouvez avoir oublié, mes eufaiits, que les Louisianais, dé8e8i)éré8 de i)a88er sous la domination espagnole, avaient envoyé au roi de France une pétition, où ils protestaient de leur dévouement, de leur amour pour sa l>er8onne et le sui)pliaient de conserver la Louisiane.

Le roi Louis XV, (pii régnait alors en France, n'était certainement point digne de Pamour et du dévouement d« ces hommes généreux ; c'était un prince avili, ne songeant qu'à ses ]>laisirs, dépensant les trésors de la France en fêtes et en divertissements, ne pensant même pas à ceux qui allaient mourir pour lui. Mais les Louisianais ne voyaient en lui que le re-pi-ésentant de leur mère-patrie; de cette France (lue tout un liasse de gloire et de génie rend si chère à ses enfants.

Lorsque Jean Milhet arriva à Paris, Bleu- 1705 ville, le fondateur de la Nouvelle-Orléans, existait encore âgé de 87 ans ; les malheurs de la Louisiane furent un grand chagrin i)our ce noble vieillard. Il voulut conduire lui-même Milhet auprès du duc de Choiâeul, ministre de Louis XV ; mais c'était ce ministre qui avait conseillé la cession.

Il fit un accueil gracieux hu représentant de la Louisiane, sans lui rien accorder, et ne le laissa pas même parvenir jusqu'au roi.

Cependant le temps s'écoiUait, et les malheureux Louisianais, toujours gouvernés par Aubry, espéraient que le roi d'Espagne, voyant leur opposition, leur hostilité, renoncerait à" accepter la Louisiane.

Toutes les espérances s'évanouirent à la ré-cei)tion d'une lettre de don Antonio Ulloa au conseil supérieur. Cet officier, nommé gouverneur de la Louisiane par Charles III, roi d'Espagne, était chargé d'en prendre possession. Il débarqua à la ^Nouvelle-Orléans avec deux compagnies d'inianterie. Ulloa reçut un accueil sombre et froid qui montrait clairement le mécontentement des citoyens. Il refusa de monti*er ses pouvoirs, en disant qu'il voulait difféi-er la prise de possession jusqu'à l'arrivée

de toutes les forces espagnoles, et qu'il n'avait à traiter qu'avec le gouverneur Aubry. Il n^en visita pas moins les campagnes et fit un long séjour aux î^atchitoches. Il ordoima le recensement de la colonie ; la population blanche s'en élevait à cinq mille cinq cent soixante-deux personnes. La population noire était presque aussi nombreuse.

Cette année fut très malsaine, la Louisiane connut pour la i)remière fois le terrible fléau de la fièvre jaune.

Jean Milhet revint de France, et annonça aux habitants que tout espoir était perdu, (ju'il fallait se soumettre au roi d'Esi)agne.

Les Louisianais exaspérés manifestèrent ouvertement leur haine pour les Espagnols. Tous les habitants furent invités à envoyer des délégués à une grande assemblée qui devait se tenir à la Nouvelle-Orléans. Lafrenièi*e harangua le peuple. Il fut soutenu par Jean et Joseph Milhet et par l'avocat Doucet. On y vota une adresse au conseil supérieur, demandant l'expulsion d'Ulloa. Cette adresse fut couverte de cinq cents signatures et présentée au conseil. Foucault, ordonnateur de la jiro-vince, fit déclarer Ulloa perturbateur public, et sujet comme tel à être poursuivi en justice.

DE LA LOUISIANE. Ch}

Ulloa affirmait que la cession de la Louisiane lui avait été faite à son arrivée par Aubry, et celui-ci le disait aussi. Mais on n'ajoutait foi ni à l'un ni à l'autre. Ils étaient tous les deux également détestés.

Enfin le conseil supérieur de la colonie statua sur la pétition des habitants; il enjoignit à inioa, malgré les protestations d'Aubry, d'avoir à produire l'autorisation du roi d'Espagne ou à quitter le pays avant un mois.

On conçoit i)eu l'obstination de cet homme, qui préféra s'éloigner que de se soumettre à montrer ses pouvoirs. Le 31 Octobre au soir, IlUoa était embarqué avec toute* sa famille. Au point du jour, le 1er Novembre, une troupe nombreuse de colons qui avaient passé la nuit à une fête, et dont sans doute les têtes étaient écliaufîées, panit sur la levée, chantant des airs i)atriotiques et poussant des cris de triomphe. L'un d'eux, nommé Petit, coupa les (îordes qui retenaient le navire au rivage, et la troupe joyeuse eut la satisfaction de le voir flotter et des(îendre le fleuve en suivant le courant ; il s'arrêta à peu de distance, et ne mit à la voile que dans l'après-midi.

Cette démonstration imprudente causa, (*omme vous le verrez bientôt, de grands mal-

heurs, et fit couler bien du sang et des lannes en Louisiane.

Cet Antonio Ulloa, dont la conduite doit vous sembler si étrange, était cependant un homme de beaucoup d'esprit et de talent ; c'était un grand savant, et il eut sans doute mieux valu le laisser s'occuper de sciences que de politique, car au lieu de chercher à gagner les cœurs, il méprisait tout le monde et semblait annoncer un jdespotisme affreux jwur l'iivenir. La façon tyrannique dont l'Espagne gouvernait ses colonies, explique parfaitement la répugnance des Louisianais à iiasser sous sa domination.

Une nouvelle assemblée eut lieu iiour envoyer au roi de France une supplique des Louisianais. Saint-Lette, négociant de Nat-chitocîhes, et Lessassier, membre du conseil, furent clioisis pour cette députation. Mais ils n'arrivèrent à Paris qu'après le message de la cour d'Espagne, qui faisait connaître au gouvernement français la conduite des Louisianais îi l'égard des Esx)agnols.

Le duc de Choiseul repoussa la demande des Louisianais. " 11 est trop tard, dit-il ; le roi d'Espagne a déjà envoyé les forces nécessaires pour surmonter tous les obstacles

DE LA LOUISIANE. Cm

et prendre solennellement possession du iiays." Lorsqu'au retour de Lessassier toute espérance fut perdue, les Louisianais, ainsi repoussés par la France, formèrent Paudacieux projet de constituer une république. Cette république devait être gouvernée par un conseil de quarante membres, élus i^ar le "peuple. Le pouvoir devait être confié à un fonctionnaire, aussi élu par le peuple, sous le nom de Protecteur. Ce projet conçu par une i)opulation qui lK)uvait à peine mettre quinze cents hommes sous les armes, et qui semblait jeter un défi à deux i^uissances comme la France et l'Espagne, montre à quel degré de désespoir étaient réduits les malheureux Louisianais.

Le 24 Juillet au matin, on apjirit que le i769 nouveau gouverneur Oreilly était arrivé à la Balize, à la tête d'une année de quatre mille cinq cents hommes. La ville entière fut dans la stupeur. Les uns parlaient d'émigrer, d'autres auraient vbidu repousser la force par la force.

Le même soir, à onze heures, don Francisiîo Bouligny, officier esi)agnol, arrivaifavec une dépêche d'Oreilly à Aubry. Il annonçait qu'il venait prendre possession du pays au nom du roi son maître. Lafrenière, Marquis et Milhet,

G(} LES MARTYRS

clioisis par le i>eui)le, se rendirent à la Balize avec l'officier esi>agnoly ponr apprendre à Oreilly la résolution des Louisianais qui, décîi-dés à abandonner leur pays, ne demandaient (jue deux ans i)our i>réparer leur départ.

Le général leur promit Poubli du passé et l'administration la i)lus paternelle s'ils voulaient vivre sous le gouvernement de son souverain. Il les traita avec tonte la politesse ]>ossible et les retint à dîner avec lui.

La i)rise de possession eut lieu le 18 Août. Les Espagnols débarquèrent, Oreilly à leur tête. Les troupes françaises et la milice ocnni-})aient les côtés de la place en face des vaisseaux. Le drapeau de la France flottait au bout d'un grand mât ; il en fut lentement descendu, et celui d'Espagiie arboré à sa place, au milieu d'un feu roulant des troui)es des deux nations. Telles furent la prise de possession de la Louisiane par les Espagnols et la tin de la domination française sur les rives du Mississippi.

Jje 21 Août, il y avait grande récei)tion chez le général Oreilly. Les chefs de la révolution, c(mfiants dans ses jïromesvses, y assistaient et y furent arrêtés. Ils furent livrés à une (compagnie de gTenadiers qui les conduisirent en

l>risoii, Noyau fut couduit dans sa propre maison, oui on établit un piquet de soldats pour le garder. Boisblanc fut traité de même manière. Il manquait Villeré, un des i)lus audacieux conjurés, celui qui avait fait les dé-marclies les plus éclatantes ; son arrestation semblait plus difficile, parcequ'il résidait dans la paroisse Saint-Charles au milieii d'habitants qui lui étaient dévoués. En ai)prenant l'arrivée d'Oreilly, il voulut quitter la Louisiane et se rendre dans les possessions anglaises. Mais, ayant reçu une lettre d'Aubry qui lui dis^iit qu'il i)ouvait venir en toute confiance et qu'il lui servirait de protecteur, il descendit le fleuve ; mais quelle fut sa surprise, lorsqu'en se i)ré-sentant en ville, il se vit arrêté ! on le transporta sur une frégate à l'ancre au ndlieu du fleuve, de crainte que le peuple ne cherchât à le délivrer.

A la nouvelle de cette ai'restation sa femme, qui était i)etite-fllle du commissaire-ordonnateur de la Chaise, venu dans la colonie en 1723, s'empressa de se rendre à la î^ouvelle-Orléans, et, se jetant dans un canot, se fit conduire à la frégate où son mari était détenu; mais on lui en défendit l'entrée. Villeré, qui était dans la chambre de la frégate, entendant la

(18 LES MAKTYRS

voix suppliante de sa femme, voulut luouter sur le pont.

Le factionnaire, obéissant à sa consigne, le repoussa. Il s'en suivit une lutte, et Villeré fut percé de plusieurs coups de baïonnette dont il mourut.

A la nouvelle de tant d'arrestations la désolation fut générale. Les accusés étaient trop estimés de tous, et trop identifiés avec la population entière pour que chacun ne se sentit atteint avec eux.

La procès des prisonniers eut bientôt lieu. Ils plaidèrent en vain l'incompétence du tribunal devant lequel ils étaient traduits. Ils alléguèrent qu'on ne pouvait les déclarer rebelles au roi d'Espagne puisqu'ils avaient agi lorsque le drapeau français flottait encore dans la colonie. Qu'ils ne devaient aucune soumission à l'E8i)agne tant que la prise de possession n'avait point eu lieu, et que le roi qui ne les protégeait pas, n'avait point le droit de les punir.

Mais leur mort était résolue ; l'orgueil espagnol avait troj) souffert du renvoi d'UUoa ; on voulait prendre possession de la Louisiane par la terreur. Lafrenière, Noyau, Marquis, Joseph Milliet et Caresse furent condamnés à

être pendus. Les autres prisonniers, Petit, Boisblanc, Doucet, Mazent, Jean Mllhet et Poujiet condamnés, le premier à l'emprisonnement pour la vie, les autres pour un certain nombre d'années, fiirent envoyés à la Havane,, et jetés dans les cachots du fort Moro. Foucault et Braud soutinrent qu'ils ne devaient compte de leur conduite qu'au roi de France. Le premier fut envoyé à Paris, et le second acquitté.

Le 25 Octobre, le procureur i)résenta à Oreilly une pétition par laquelle il l'informait que faute de bourreau, les condamnés ne pouvaient être pendus, suivant la sentence ; qu'en conséquence il priait le général de modifier la sentence, de telle sorte que les condamnés pussent être passés par les armes.

Le 28 Octobre, jour de l'exécution, toutes les troupes sous les armes se rangèrent en bataille sur la levée et sur la place i)ublique ; les portas étaient fermées, les postes doublés, de fortes I)atrouilles parcouraient les rues de la ville, qui était déseile, les habitants ayant fui la veille, pour ne pas être témoins de la mort de leurs ôères. Les cinq victimes, conduites sur la place en face des casernes, reçurent la mort avec courage et résignation.

On avait voulu leur bauder les yeux ; MUr-quis s'y oi^posa avec opiuiâtreté : " Mille fois, dit-il, j'ai bravé la mort, pour le service de ma patrie, et je u'ai jamais fermé les yeux en présence de ses ennemis. Mourons, mes amis, continua-t-il en s'adressant à ses compagnons d'infortune ; mourons comme des braves ; la mort n'a rien d'elfrayant !...

Admirons, mes enfants, le courage et la persévérance de ces hommes dévoués, que rien ne put faire reculer, et qui ont payé de leur vie leur amour pour leur pays. La faiblesse de leuivs moyens pour s'aflfrancliir de la domination étrangère a ini faire taxer leur entreprise de folie ; mais ce sonf ces héroïques dévouements, ces folies sublimes, qui font la grandeur idéale et l'éternelle gloire de l'humanité.

Ce général Oreilly, qui a laissé en Louisiane un si odieux souvenir, était né en Irlande ; il avait de grands talents militaires et jouissait de la faveur du roi d'Espagne Charles III. C'était un homme petit, laid, boiteux ; d'un caractère a indicatif et ambiteux, il ne put comprendre ce dévouement des Louisianais à leur mère-patrie 5 il manqua à la parole qu'il avait donnée d'oublier le passé, et se rendit

coupable d'un crime que l'on ne peut qualifier que d'assassinat.

Oreilly s'occupa ensuite de changer le gouvernement. Il remplaça le conseil supérieur par un grand conseil; il nomma dans les paroisses des commandants ci\ils et militaires et leva un régiment de volontaires, désigné sous le nom de régiment de la Louisiane. Vers le milieu de Décembre il visita la rive supérieure du fleuve; il-fut reçu par les citoyens avec une froide soumission ; il donna de grands aA^an-tages à chaque famille qui voulut s'établir, il fit enfin de sages améliorations. Mais rien ne ne pouvait attacher des Français à une colonie espagnole, et la plupart des artisans et des planteurs aisés partirent et se rendirent à Saint-Domingue. Pour empêcher la dépopulation de la Louisiane, Oreilly ordonna qu'à l'avenir il ne serait plus déli\a'é de passeports. Il concéda à la ville, au nom du roi, des terrains vacants qui se trouvaient autour de la idace d'armes, entre les rues de la Levée, Chartres et Coudé. Quelque temps après, la Aille vendit ces t;errains à rente perpétuelle, et Don André Almonaster en devint l'acquéreur.

Oreilly, ayant terminé la mission pour laquelle il avait été envoyé en Louisiane, remit

72 LES MARTYRS DE LA LOUISIANE.

ses pouvoirs à Don Louis Uiizaga. Il partit le 29 Octobre, laissant douze cents hommes de troupe dans la colonie.

DOMINATION ESPAGNOLE,

Le roi d'Espagne, Charles III, était uu prince juste et bon, qui n'aurait certainement point ordonné la mort de Lafrenière et de ses compagnons. On dit qu'il désapprouva la cruauté d'Oreilly, cependant il ne le punit pas comme il l'aurait mérité.

Vous n'avez sans doute point oublié les Louisianais captifs à la Havane; ils durent leur délivrance à. l'héroïsme et au dévouement du fils de Mazent. Ce jeune homme, désespéré de voir son père prisonnier, se rendit en Espagne pour solliciter sa grâce. L'ambassadeur français touché de son amour filial, le fit parvenir jusqu'au roi ; il se jeta aux pieds de ce monarque, en implorant comme une faveur de prendre dans la prison la i)lace de son père ; le roi touché, le releva et pardonna aux six

prisonniers. Doucet, Milhet, Mazent, Poupet 11

et Petit se fixèrent à Saint-Domingue, Bois-blanc revint en Louisiane. 1770 Le nouveau gouverneur, Unzaga, s^efforça, par une administration toute paternelle, de réparer le mal qu'Oreilly avait fait. Le commerce de la Louisiane était limité aux villes espagnolesj mais les Anglais faisaient avec les planteurs un immense commerce de contrebande ; Unzaga fermait les yeux sur un ordre de choses qui ne pouvait qu^enrichir la colonie.

1772 La Louisiane fut encore ravagée par un ouragan qui dura quatre jours, qui détruisit les récoltes, mais ne toucha pas à la Nouvelle-Orléans. LTiiver qui sui\'it fut si rigoureux, qu'il détruisit les orangers pour la troisième fois.

Cependant, malgré ces désastres, la colonie prospérait, Fargeiit était en abondance, l'agriculture faisait de rapides progrès ; la sage administration d'Unzaga commençait à réconcilier la population avec le gouvernement espagnol.

1773 La Louisiane qui jusqu'aloi*s avait fait partie du diocèse de Québec, en fut détachée et réunie à celui de Cuba. La cour de Madrid envoya des prêtres et des religieuses pour ou^Tir des écoles espagnoles.

Unzaga s'occupait avec sollicitude des malheureux; il protégeait les pauvres et forçait les riches à payer les dettes de leurs parents malheureux. Un grand nombre d'esclaves s'étaient enfuis de chez leurs maîtres, ils s'étaient réfugiés dans les bois, d'où ils commettaient mille brigandages. Il lança une proclamation qui offrait le pardon à ceux qui

m

retourneraient chez leurs maîtres, et défendit à ceux-ci de les punir. Presque tous se rendirent à cette i)romesse.

Ce fut le dernier acte d'humanité de cet homme de bien, qui emporta les bénédictions et les regrets de tous les habitants.

Don Bernard de Galvez succéda à Unzaga ; 1776 c'était un jeune homme de vingt-un ans, d'un caractère énergique et entreprenant. Il suivit le sage exemple de son prédécesseur en protégeant le commerce ; il permit aux navires français de venir prendre les produits de la Louisiane et on recevait en échange des nègres de Guinée.

A cette époque là, mes enfants, eut lieu un événement qui semblait peu intéresser la Louisiane, mais qui cependant eut sur son avenir une bien grande influence 5 c'était la déclaration de l'Indépendance des Etats-Unis. Gai-

vez ne pouvant se déclarer ouvertement en faveur des colonies anglaises, vint à leur aide en leur prêtant secrètement une tbrte somme d'argent. 177g La population augmentait avec la prospérité de la colonie. Un grand nombre de familles espagnoles Ainrent s'établir à la Fourche et à la Terreaux-Bœufs, sous le commandement de Marigny de Mandeville. Le gouvernement donnait à chacune de ces familles, des terres, une maison, des ustensiles aratoires et des vivres pour quatre ans.

D'autres colons venus d'une ville espagnole nommée Malaga, fondèrent sur les rives du Tèche la Nouvelle-Ibérie; ils essayèrent la culture du chanvre et du lin qui ne réussit pas. La Louisiane jouissait alors d'une tranquillité parfaite, aussi voyait-on des familles anglaises quitter leurs colonies, qui souffraient alors toutes les horreurs de la guerre civile, pour venir s'y établir.

Enfin la Louisiane se vit engagée dans cette guerre de l'Indépendance qui durait depuis quatre ans. La France ayant reconnu les Etats-Unis, l'Angleterre lui déclara la guerre et l'Espagne se mit du côté de la France.

A cette nouvelle, Galvez prit les mesures

les plus énergiques pour mettre la Nouvelle- 1779 Orléans en état de défense et se prépara à atta- ' quer les colonies anglaises. Il assembla les citoyens de la Nouvelle-Orléans, leur représenta la situation, leur demandant leur aide pour défendre la Louisiane et servir leur roi 5 ils répondirent avec enthousiasme à son appel 5 il eut bientôt quatorze cents volontaires, presque tous créoles de la Nouvelle-Orléans, et malgré l'avis du Conseil qui voulait attendre des renforts de la Havane, il attaqua le fort Manchac qui fut pris le 7 Septembre 1779, puis le fort de Bâton-Eouge qui se rendit le 21 Septembre après un bombardement de dix heures; la prise de Bâton-Eouge entraîna celle des forts de Natchez et des forts de l'Amite. Les volontaires louisianais ne se distinguèrent pas moins sur eau que sur terre, plusieurs vaisseaux anglais furent capturés par des forces bien inférieures. Une barque anglaise fut prise à l'abordage sur le bayou Manchac par Vincent Eieux, créole de la Nouvelle-Orléans, aidé par treize autres créoles. Eieux et ses compagnons se conduisirent en véritables héros. Dans toute cette cami)agne, les créoles louisianais observèrent la plus stricte discipline, firent preuve de courage, d'abnéga-

tion, de toutes ces grandes qualités de soldat et de citoyen qui les ont illustrés dans une plus récente guerre, 1780 Cette expédition de Galvez fiit célébrée en vers français par Julien Poydras, qui vit son petit poëme imprimé aux frais du gouvernement,

Galvez voulut ensuite reconquérir l'Ouest de la Floride, oti les Anglais avaient établi leurs nostes avancés. Il bombarda Mobile le 9 Mars 1780, et s'en rendit maître peu de jours après.

Pensacole était sur la côte, un peu plus à l'Est. Galvez voulut s'en emparer. Au mois d'Octobre, il arma à la Havane treize vaisseaux de ligne et des transports sur lesquels on comptait trois mille huit cents hommes. Malheureusement, un ouragan poussa les navires dans la Baie de Campêche et sur les eaux du Mississippi. Galvez ne se découragea pas ; le 9 Mars 1781 il partit une seconde fois de la Havane avec treize cents hommes. H assiégea Pensacole par terre et par mer avec des renforts venus de la Mobile et de la Nouvelle-Orléans. Bientôt on signala l'escadre de l'amiral Solano. Neuf vaisseaux espagnols et quatre français déposèrent de nouvelles

troupes. Huit mille hommes assiégeaient Pensacole. La ville, bâtie sur une plaine aride que les sables ont élevée au-dessus du niveau de la mer, se défendait courageusement.

L'explosion d'un magasin à poudre détruisit une partie des ouvrages de défense. Le commandant anglais ne voulant point sacrifier inutilement ses trouj^es, capitula. Toute la Floride et huit cents hommes de troupes furent le prix de cette victoire.

Pendant le siège des groupes d'Indiens obéissant aux ordres des Anglais, irritaient souvent les Espagnols. Ils les surprenaient, et se réfugiaient tout-à-coup dans les forêts, en leur disant: "Nous vous attendons chez nous." Galvez refusa de tomber dans ce piège grossier.

Les services de Galvez fiirent généreusement 1732 récompensés : la prise de Bâton-Rouge et de Natchez par le grade de général de brigade; celle de Mobile par celui de maréchal-de-camp; la conquête dé la Floride l'éleva au rang de capitaine-général de la Louisiane et de la Floride, avec le brevet de lieutenant-général des armées du roi, et la croix de l'ordre de Charles III.

La Louisiane se trouva ainsi élevée en capi-

tainerie-générale. En partant pour Hispa-nolia, où il allait prendre le commadement des forces espagnoles, Galvez remit le gouvernement de la Louisiane à Estevan Miro, colonel des armées royales, Ijc roi d'Espagne accorda aux sollicitations de Galvez de grands avantages au commerce de la Louisiane ; on fit de la Nouvelle-Orléans un entrepôt de marchandises espagnoles. 1783 La paix entre la France, l'Angleterre et FEs-pagne, qui assura l'indépendance des Et-ajs-Unis, arrêta la carrière militaire de Galvez. Les possessions de l'Espagne s'étendirent à l'Est du Mississippi jusqu'au trente-unième degré de latitude septentrionale, qui de\int la ligne* de démarcation entre elle et les Etats-Unis. Peu de temps après Galvez fut nommé vice-roi du Mexique à la place de son père, qui venait de mourir.

Au départ du nouveau vice-roi, Miro fut nommé gouverneur. La population de la Louisiane était alors de 27,439 âmes ; celle de la Nouvelle-Orléans, d'environ 5,000 habitants. Elle fut encore augmentée par l'arrivée d'un grand nombre de familles canadiennes, qui se fixèrent à la Terreaux-Bœufs, aux Attakapas et* aux Opélousas.

Miro proclama son Banda de Buen GobiernOy espèce de manifeste dans lequel un gouverneur espagnol exposait les principes qui réglaieiit son administration. Il recommandait l'observation du Dimanche, la fermeture des cabarets et des magasins pendant l'office divin. Il défendait le jeu, le duel, le port des armes cachées, les rassemblements et les danses d'esclaves. Plusieurs autres règlements, très sages, qui restèrent en vigueur pendant de longues années.

Nous devons remarquer à cette époque là, 1787 mes enfants, le commencement de l'influence américaine sur la Louisiane ; il se faisait entre elle et le Kentucky un grand commerce. La navigation dn Mississippi devenait pour l'Espagne un sujet de crainte ; elle appréhendait en la fermant aux Etats-Unis que les Américains ne cherchassent à s'emparer de la Nouvelle-Orléans.

Un grand incendie détruisit presque toute la Nouvelle-Orléans; neuf cents maisons et une quantité de marchandises devinrent la i)roie des flammes ; le feu avait pris un Vendredi-Saint dans la chapelle d'un Espagnol. Les habitants de Saint-Domingue témoignèrent la sym])athie qu'ils prenaient à ce malheur, en

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envoyant en Louisiane un navire chargé de bois de construction. Peu d'années après, les Louisianais leur vinrent à leur tour en aide. Etant obligés de fiiir leur pays oîi les nègres révoltés massacraient tous les blancs, ils reçurent en Louisiane une fraternelle hospitalité. Plusieurs de ces réfugiés ouvrirent des écoles françaises dont le besoin se faisait sentir, car il n'y avait alors que quelques écoles espagnoles. Parmi eux se trouvait aussi une troupe de comédiens français, et pour la première fois les habitants de la Nouvelle-Orléans jouirent du plaisir des représentations théâtrales. 1791 Miro, ayant été rapi>elé en Espagne, le Baron de Carondelet le remplaça, comme gouver^ neur et intendant des provinces de Louisiane et de Floride. Il arriva à la Nouvelle-Orléans le 30 Décembre 1791, et selon l'usage des gouverneurs espagnols il fit jmblier son ^'Bando de Bmn Gohierno.^^ Il divisa la ville en quatre districts, à la tête de chacun desquels fut placé un commissaire de police qui remplissait les fonctions de juge de paix. Le gouverneur recommandait l'éclairage des rues de la ville ; mais ses revenus n'y pouvaient suffire, car ils n'étaient alors que de sept mille piastres ; on

fut obligé d'imposer une taxe d^ine piastre et demie sur chaque cheminée.

Le commerce devenait chaque jour phis im- 1793 portant entre la Louisiane et les Etats-Unis. Plusieurs maisons de commerce s'établirent à la Nouvelle-Orléans et le grand nombre d'étrangers qui venaient s'y fixer engagèrent Caron-delet à fortifier la ville. Il fit élever deux forts sur le bord du fleuve, l'un au-dessus et l'autre au-dessous de la ville. De chaque côté il fit établir une batterie entourée de fortes palissades. Il fit aussi construire le fort St-Philippe sur le Mississippi, et un autre plus Ijetit en face pour défendre les approches de la Nouvelle-Orléans.

La milice fut organisée dans toute la pro-vince, elle représentait une masse armée de cinq à six mille hommes. La Nouvelle-Orléans seule armait huit cents volontaires. Pendant que la Louisiane était tranquille et prospère il se passait en France de grands événements. Le peuple s'était révolté contre son roi, les prêtres et les nobles étaient massacrés. Un grand nombre s'étaient enfuis et venaient chercher en Amérique un asile.

Le bon roi Louis XVI ainsi que la reine Marie-Antoinette périrent sur l'échafaud. Ces

tristes nouvelles causèrent nue grande affliction aux Louisianais, car ils avaient toujours conservé pour la France la plus grande affection. 1794 Les mesures de défense de Carondelet avaient été prises principalement contre Genêt, ambassadeur de la réx)ublique française à Philadelphie, qui concertait une attaque contre la rsTouvelle-Orléans. Ce jeune homme d'un caractère impétueux, aurait voulu pousser les Louisianais à secouer le joug de l'Espagne en leur rappelant leur attachement pour la France; il était secondé par les Américans qui ne rêvaient que la conquête de la Louisiane, ce débouché naturel de leurs i^roduits. Deux expéditions devaient attaquer à la fois la Louisiane et la Floride.

Pour contrebalancer ces plans, Carondelet envoya un de ses émissaires, Power, soulever les habitants de l'Ohio, du Kentucky et du Tennessee, les engageant à se ranger sous les lois de l'Espagne, qui seule pouvait leur donner la navigation du Mississippi.

Toutes ces intrigues n'eiApêchaient pas Carondelet de s'occuper d'améliorations intérieures. H fit creuser le canal qui i)orte son nom, qui était destiné au dessèchement des

marécages, et à l'établissement d'une communication facile entre la Nouvelle-Orléans, Mobile et Pensacole.

A la demande du Baron de Carondelet la Louisiane lut érigée en diocèse ; l'évêque Don Louis de Pinalvert vint s'établir à la Nouvelle-Orléans. 11 y avait alors en ville un gentilhomme extrêmement riche, nommé Don Andrès Almonaster, qui fit construire à ses frais la Cathédrale Saint-Louis, » la maison de ville, ainsi qu'un hôintal qu'il dota.

Le premier journal qui ait été publié régulièrement en Louisiane, date de cette même année 1794, il parut sous le titre de '^ Moniteur de la Louisiane."

L'établissement de la première sucrerie date aussi de cette époque ; on avait déjà essayé plusieurs fois de changer le jus de canne en sucre, mais sans y réussir. En 1785, un espagnol nommé Soles, ayant fait venir un moulin en bois de la Havane, parvint à faire de la mélasse. Après lui Mendez, devenu acquéreur de sa propriété, continua son exi)érience et réussit à faire du sucre, mais il abandonna bientôt cette industrie peu lucrative. La canne resta donc dans l'oubli jusqu'à l'arrivée des colons de Saint-Domingue. Ils détermi-

nèrent quelques Louisianais, eutr'autres Etienne de Boré, à s'adonner à la culture de la canne.. L'indigo qu'on avait cultivé jusqu'alors n'était plus productif; les sauterelles le ravageaient tous les ans. Mille obstacles semblaient s'opposer à l'établissement d'une industrie nouvelle ; la main-d'œuvre était hors de prix, un esclave coûtait de douze à quinze cent piastres, l'ouvrier sucrier exigeait dix ou quinze piastres parboucaut. L'exemple de Boré, mes enfants, vous prouve, que la persévérance et l'amour du travail peuvent surmonter tous les obstacles car rien ne le découragea ; il fit à quelques milles au-dessus de la Nouvelle-Orléans une vaste plantation de cannes et établit à grands frais une sucrerie. Les travaux eurent un plein succès, et lui donnèrent un profit de douze mille piastres, somme énorme pour l'éi)oque. L'enthousiasme des planteurs fut tel, que cinq ou six ans après on comptait soixante-quinze sucreries. En 1800 la récolte du sucre fut de quinze millions de livres. 1795 Cependant Carondelet avait établi en ville une police très sévère, il défendait tout rassemblement de plus de huit personnes, faisait arrêter les voyageurs sans passeport et emprisonner ceux qui répandaient les nouvelles alar-

mantes. Il envoya aux cachots de la Havane six habitants qui lui étaient suspects. Mais il recevait les émigrés français à bras ourverts; il concédait au Marquis de Maison-Kouge 210,000 arpents de terre 5 au baron de Bastrop 881,583 arpents, à Delassus 10,000 arpents sur les rives de l'Ouachita. Il accordait aux émi-grants français une gratification de 100 piastres et les faisait venir aux frais du gouvernement.

H y eut une conspiration parmi les nègres de Julien Poydras ; elle fut découverte à temps, et cinquante de ces malheureux furent pendus le long du fleuve, depuis la Pointe Coupée jusqu'à la Nouvelle-Orléans.

Un traité fut signé entre les Etats-Unis et 1796 FEspa-gne, qui ouvrait la navigation du Mississippi depuis sa source jusqu'à son embouchure et fixait à la Nouvelle-Orléans l'entrepôt des marchandises américaines. Ce traité garantissait aussi aux Etats-Unis tout le tenitoire à l'Est du Mississippi, Natchez et son territoire : le fort Panure et celui de Walnuthills, que Carondelet s'obstinait à garder, devaient être remis aux troupes américaines.

Mais Carondelet persistant dans son système de joindre la vallée du Mississippi à la Loiii-

S^ DOMINATION

siane, envoya des émissaires auprès du général Wilkinson commandant en chef de l'armée américaine dans l'Ouest. Peu de temps après, il fut nommé Président de l'audience royale de Quito, et partit de la î^ouvelle-Orléans, qui était alors ravagée i)ar la fièvre jaune. 1797 Le général de brigade Gaj oso de Lemos, remplaça Carondelet dans le gouvernement de la Louisiane et de la Floride.

La Louisiane reçut à cette époque la visita de trois illustres voyageurs : l'un était le duc d'Orléans, et les deux auti:es les ducs de Mont-pensier et de Beiujolais, ses frères. Ces princes proscrits étaient venus demander l'hospitalité à cette ville fondée autrefois sous les auspices de leur aieul, le duc d'Orléans, régent de France. Ils furent reçus avec respect et sympathie par les habitants de la Louisiane. Les deux jeunes princes ne devaient jamais revoir leur patrie, mais l'aîné devint un jour roi des Français, et dans sa haute fortune il n'oublia jamais la fraternelle hospitalité qu'il avait reçue d'un planteur Louisianais, appartenant lui-même à une noble et ancienne famille.

L'Angleterre n'avait point pardonné à l'Es-I)agne la part qu'elle avait prise à l'émancipa-

Ji

tion des Etats-Unis. En 1796, elle avait envoyé en Floride un homme audacieux nommé Bawles, qui, embrassant la vie sauvage, s'attacha les In<liens et les soideva contre les Espagnols.

Carontlelet ayant réussi à attirer à la Nouvelle-Orléans ce personnage, qui s'y présenta couvert d'or, <le pourpre et de plumes, le fit embarquer pour l'Espagne. Il tomba entre les mains (les Anglais, alors en guerre avec l'Espagne, et fut honoré à Londres <l'une réception brillante ; on lui ftmrnit pour retourner en Floride tous les secours dont il i>ouvait avoir besoin. Il reçut un bon accueil des Indiens, mais peu de temps après ils le livrèrent au gouverneur de la Louisiane qui avait mis sa tête à i>rix. Il fut envoyé A la Havane où on croit qu'il mourut.

L'a<lministration de Gayoso de Lemos fut de (îourte <lurée, il mourut à l'âge de 48 ans d'une fièvre maligne. Il fut rem])lacé par le Marquis de Casa-Calvo.

Le commerce avec les Etats-Unis était de- 1800 venu si impoi-tant que ceux-ci envoyèrent un consul à la Kouvelle-Orléans ; les ofïiciers es-]>agnols violaient souvent le traité qui assurait aux Etats-Unis le libre commerce avec la

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Louisiane. Les habitants du Kentucky et du Tennessee furent sifr le point de marcher sur la Louisiane sans l'autorisation du Congrès. Açlams, président des Etats-Unis, aurait désiré cette conquête, et si les Américains l'eussent ré-élu à la présidence, peut-être la Louisiane eût-elle été ajoutée trois ans i)lutôt aux Etats-Unis.

DOMINATION AMjlKlCAINE.

11 n'est aucun de vous, mes enfants, (lui n'ait entendu parler de Napoléon Bonaparte. Ce grand homme qui, en 1801, gouvernait la France sous le titre de Premier Consid, tint un instant entre ses mains les destinées de la Louisiane. Par le traité de Saint Ildeplionse, l'Espagne lui avait cédé cett« colonie; son but était d'en faire une rivale de l'Angleterre <lans le Nouveau-Monde; mais lorsque Thomas Jefferson, i)résident des Etats-Unis, eut connaissance de ce traité, il entra en négociations pour acquérir cette importante position. Les Américains regardaient la navigation du Mississippi comme indispensable à leur commerce et ils ne pouvaient se résoudre à y renoncer.

Au printemps de 1803, Laussat, i)réfet colonial envoyé par Bonaparte, débarqua à la Nouvelle-Orléans. Quelques jours après son

î>2 D03I1NATI0N

arrivée, il lança nue proelaiiiatioii (lui faisait concevoir aux LouisiaiiaiH les i^lua flatteuses esi>érances. Les planteurs y répondirent par une adresse qui témoignait <le leur ardent ainour pour leur mère-patrie, et de leur joie de faire encore i)artie de la grande nation dont ils s'honoraient de descendre. Cette adresse était signée des noms suivants : A. Trouard, De Pain, Manuel Andry, Jacques de la Groue, Noël PeiTet, St-Martin, Louis Fouclier, Charles Perret.

Les habitants de la Nouvelle-Orléans présentèrent aussi une adresse à Laussat. Elle était signée par Messieurs M. Portier, Cave-lier. Bore, Labatut, Lefèvre, DeBuys, J. Li-vaudais, P. Derbigny, N. Broutin, E. Planché, L. Chabot, B. Durel, A. Garidel, F. Blache, Hiriart, J. Verret, K. Ducros ; en témoignant une grande alfection pour la France, elle rendait justice à la bonne administration espagnole.

Le séjour de Laussat à la Nouvelle-Orléans fut le signal de réjouissances publiques, mais cette joie fut de courte durée ; bientôt la nouvelle se répandit cpie la Louisiane allait passer sous la domination Américaine.

En automne, Laussat prit solennellement

possession du pays. Casa-Calvo et Salcedo, commissaires espagnols, lui remirent les clefs <le la Nouvelle-Orléans, dont le peuple vit, pendant vingt jours seulement, flotter le drapeau tricolore. Bonaiiartfe avait enfin consenti à vendre aux Etats-Unis la Louisiane, pour la somme de quinze millions. Ce qui en grande partie l'avait décidé était la question de l'esclavage ; la France ayant aboli cette institution dans ses colonies, il eût fallu l'abolir aussi en Louisiane et l'on croyait alors que le travail libre y était impossible. Il espérait aussi que l'agrajidissement des Etats-Unis donnerait à l'Angleterre une rivale qui tôt ou tard abaisserait son orgueil. Un des négociateurs de cette importante transaction, Living-ston, s'écria : " C'est aujourd'hui que les Etats-Unis comi)t«ront au nombre des puissances du i)remier rang, et que l'Amérique échappe aux mains de l'Angleterre ! "

L'Espagne protesta, mais en vain, contre une négociation qu'elle appelait illégale, prétendant n'avoir cédé sa colonie à la Képubli-(pie française qu'à la condition de ne jamais l'aliéner qu'en sa faveur.

Le gouvernement espagnol avait duré un peu plus de trente-quati*e ans. Les Louisia-

liais le regrettèrent, quand ils surent <iu'ils allaient i)asser sous la domination américaine.

Vous devez cependant vous souvenir, mes enfants, avec quel désespoir les Louisianais étaient x)assés sous son pouvoir, mais nous devons reconnaître que l'Espagne qui gouvernait ses colonies avec tant de sévérité eût pour la Louisiane une domination juste et douce. Peut-être le souvenir des nobles victimes d'O-reilly lui avait-il inspiré un involontaire sentiment de respect pour une population capable d'un si généreux patriotisme. 1803 Maintenant une ère nouvelle s'ouvre pour la Louisiane sous la domination anjéricaine ; nous allons voir chaque jour s'accroître ses richesses et sa prospérité; mais cet éclat sera de courte durée, car ce luxe, ces richesses, ont i)our base une institution réprouvée par tous les cœurs généreux.

Le 20 Décembre 1803, le général Wilkinsou et Claiborne, commissaires des Etats-Unis, firent leur entrée à la Xouvelle-Orléans, à la tête des troupes américaines. Laussat les mit en ])ossession de la Louisiane, et le drapeau tricolore fit jilace à la bannière étoilée.

Un acte du Congrès divisa la Louisiane en deux i)artie inégales; l'une prit le nom de

territoire d'Orléans, et s'étendit depuis le golfe du Mexique jusqu'au trente-troisième <legré de latitude septentrionale 5 l'autre beaucoup plus vaste, fut annexé au territoire de l'Indiana. Ainsi le doux nom de Louisiane fut un instant effacé de la carte.

Le gouvernement ftit composé d'un gou- 1804 venieur, nommé pour trois ans: ce fiit Claiborne; d'un conseil législatif, d'une cour suprême de trois juges. Le président nomma au conseil législatif six Créoles d'origine française et sept Américains. . Ces dispositions irritèrent les Louisianais, déjà peu portés en faveur des Etats-Unis. Ils se formèrent en assemblées et nommèrent trois planteurs, Destréhan, Sauvé et Derbigny pour présenter leur i>étition au Congrès. Dans ce mémoire énergique, ils insistaient sur les droits des habitants de la Louisiane. Ils se plaignaient de la nomination d'un gouverneur étranger à leurs lois, à leur langage ; de l'introtluction de la langue anglaise dans les tribunaux.

Ils <lemandaient au Congrès trois choses : 1° la nomination du gouverneur i)armi deux candidats de leur choix ; 2^ le changement de mode de juridiction de la cour suprême ; 3^ l'importation des nègres permise ù tous les ha-

bitants. Le Congrès n'ordonna que quelques réformes. Cependant la Nouvelle-Orléans obtint le droit de cité ; une université, une bibliothèque publique, des compagnies d'assurance, et la banque des Etats-Unis y fonda une succursale.

Nous devons remarquer ici, mes enfants, quelle importance nos ancêtres attachaient au maintien de la langue française en Louisiane. Ils comprenaient bien tout ce que l'introduction d'une langue étrangère leur ferait perdre de leurs droits. Car ce n'est point une vaine question, que cette question jlu langage, c'est une question d'indépendance et de naticnialité. Aussi les Louisianais doivent-ils consi<lérer l'usage de la langiie française comme un lien fraternel qui les unit entre eux. Elle fut parlée par leurs pères, elle doit l'être par leurs <lescendants. 1806 La première législature territoriale dura plus de cinq mois, elle créa des lois contre le vagabondage, contre la vente <les liqueurs fortes, et le codie noir qui réglait l'autorité des maîtres sur leurs esclaves.

Les limites de la Louisiane mal dessinées, amenèrent des négociations entre l'Espagne et les Etats-Unis. Les habitants <lu Mexique

poussaient leurs excursions jusqu'auprès de Natchitoches. Le général Wilkinson conclut un arrangement avec le général Herrera, commandant des Espagnols, par lequel la Sabine devait servir de limites aux deux puissances. La Nouvelle-Orléans fut menacée d'un grand danger, par l'ambition d'Aaron Burr qui aurait voulu s'en emparer et séparer les Etats de l'Ouest de ceux de l'Atlantique. Cet homme, d'une énergie sans égale, avait concouru à la présidence des Etats-Unis avec le célèbre Jefferson. Aucun d'eux n'ayant réuni la majorité requise, le sénat nomma Jefferson. Burr accepta cependant la vice-présidence qui lui revenait. Quelque temps ai)rès il eut le malheur de tuer en duel le général Hamilton, un des héros de la guerre de l'Indépendance. Aux élections suivantes il fiit privé de la vice-I)résidence. Des sentiments de haine contre sa patrie pénétrèrent dans son cœur. Ce fut alors qu'il résolut de s'emparer de la Louisiane. Heureusement il fut arrêté dans le Mississippi en Jan\ier 1807, avant d'avoir pu organiser son armée; il ftit conduit à Richmond, en Virginie, et jugé comme coupable de haute trahison, mais faute de preuves il fut acquitté. C'était un homme de grands talents qui eût pu

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servir honorablement son pays ; sa folle ambition brisa sa carrière, il mourut dans l'obscurité. Les Etats-Unis craignant que la Louisiane

1809

ne ftit attaquée par les Anglais, voulurent établir un camp dans les environs de la IN^ouvelle-Orléans. Le général Wilkinson fut chargé de le former; il cantonna sept cents hommes, onze milles au-dessous de la ville ; mais la chaleur du climat engendra des maladies, qui en firent mourir un grand nombre. Ce malheur causa un grand inécontentement aux Etats-Unis, Wilkinson fut accusé de négligence et rappelé à Washington, le général Wade Hampton fut nommé à sa place.

Cette même année, environ 5,800 personnes blanches et de couleur qui, après la révolution de Saint-Domingue s'étaient fixées à Cuba, vinrent s'établir en Louisiane. 1810 L'Espagne retenait encore malgré le traité de Saint-Ildephonse deux parties de la Louisiane: le territoire de Bâton-Kouge et celui de Mobile. Les Américains s'emparèrent sans combat du fort de Bâton-Rouge. Le Président des Etats-Unis en apprenant cela, envoya des pouvoirs à Claiborne qui prit possession du territoire au nom des Etats-Unis et arbora le drax)eau

américain sur Saint-Francisville et sur Bâton-Rouge, de là il marcha sur le district de la Floride dont les habitants se soumirent sans opposition aux Américains. Ces territoires furent annexés au territoire d'Orléans; ils forment aujourd'hui en Louisiane les paroisses de Féliciana, Est Bâton-Rouge, Saint-Hélène, Saint-Tammany, et Biloxi et Pascagoula qui appartiennent maintenant à l'Etat du Mississippi.

Une insurrection eut lieu parmi les nègres isii de la paroisse Saint-Jean-Bai)tiste qui entraînèrent les esclaves des paroisses voisines. Ils incendièrent quatre ou cinq habitations, massacrèrent plusieurs planteurs et voulurent marcher sur la Nouvelle-Orléans. Ils furent défaits par la milice et seize de ces malheureux furent pendus, on plaça de distance en distance le long du fleuve des i)erches sur lesquelles étaient attachées leurs têtes.

Mais détournons, mes chers enfants, nos pensées de ces affreuses scènes, triste conséquence de l'esclavage, pour les reporter sur une des plus belles découvertes de notre siècle.

Un homme de génie, Fulton, né en Pennsylvanie, avait inventé, ou i)lutôt perfectionné les bateaux à vapeur. Il fit sa première exi)é-

rience avec un x>^tit bateau sur la Seine, à Parisien 1805. Déjà Jonathan HuUs avait fait connaître ce moyen de navigation aux Anglais en 1737 ; l'abbé Arnal aux Français en 1781, et Rumsey aux Américains en 1784. Fulton en fit une application plus active, et son entreprise fut couronnée du plus heureux succès.

Pour donner à ce grand homme une marque de sa satisfaction, la législature lui accorda pour dix-huit ans, le privilège de la navigation à la vapeur sur toutes les eaux du territoire.

Fulton mourut en 1815. On dit que sa vie fut abrégée par le chagrin qu'il eut de voir d'autres bateaux que les siens, construits d'après ses modèles, naviguer sur les rivières dont il avait le privilège exclusif.

Le 11 Février 1811, un acte du Congrès érigea le territoire d'Orléans en Etat, et rendit ses habitants aptes à rédiger une constitution.

Cette constitution devait être républicaine, basée sur celle des Etats-Unis. Peu de temps après, elle fut acceptée, telle que le Congrès l'avait exigé, par quarante-et-un mandataires du peuple assemblés en convention et le territoire d'Orléans fut admis dans les Etats-Unis d'Amérique sous le nom de Louisiane.

En sanctionnant les actes de la convention.

le Congrès annexa au nouvel Etat le territoire 1812 au nord de l'Iberville ( aujourd'hui bayou Man-chac, ) jusqu'à la rivière aux Perles et au trente-unième degré de latitude, lequel n'avait pas été compris dans les limites décrites par la convention.

La Louisiane était à peine constituée, qu'un bateau à vapeur, le premier qu'on eut vu sur le Mississippi, vint en onze jours de Pittsburg à la Nouvelle-Orléans, comme pour rendre hommage au nouvel Etat. Ce spectacle qui est aujourd'hui si commun, causa alors un étonnement et un enthousiasme universel.

La première assemblée législative se réunit en Juin. Claibome et Villeré, le fils de la victime d'Oreilly, étaient candidats pour gouverneur. La législature nomma Claiborne qui avait réuni le plus de suffrages. Son administration impartiale lorsqu'il était gouverneiir territorial, lui avait concilié tous les partis.

GUERRE AVEC L'ANGLETERRE.

Nous voici arrivés, mes enfants, à une époque bien glorieuse de l'histoire de la Louisiane. Vous connaissez tous cette célèbre date du 8 Janvier ; vous savez que cette journée a vu la défaite d'une armée anglaise qui, après s'être présentée en Louisiane comme sûre de * la victoire, a dû fuir devant l'héroïque défense des Louisianais.

Je vais essayer de vous raconter tous les incidents de cette guerre mémorable.

Déjà» en 1812, les Etats-Unis, indignés des nombreuses insultes faites à leur drapeau par l'Angleterre, avaient déclaré la guerre à cette puissance. La marine des Etats-Unis se couvrit de gloire dans cette première campagne ; Décatur, Porter, Jones s'emparèrent de i>lu-sieurs navires anglais. Le jeune et héroïque

Perry captura, sur le lac Erié, une flotille britannique; les Anglais et les Indiens leurs alliés furent défaits par le général Harisson dans le Canada, oii le fameux chef Indien Tecumseh trouva la mort.

Plus tard, les forces navales de l'Angleterre, 1804 sous les ordres de Hardy, portèrent la dévastation sur les côt«s de l'Atlantique. Le général Eoss s'empara de Washington et l'incendia, mais les Anglais furent repoussés avec perte à Baltimore et à Plattsburg.

Alors les Anglais se dirigèrent vers le Sud où la Louisiane surtout, par sa belle position et la richesse de ses produits, excitait leur convoitise.

Le général Jackson, qui s'était distingué dans la guerre contre les Creeks, et qui venait (le s'emparer de Pensacole, reçut l'ordre de se rendre immédiatement à la Kouvelle-Orléans.

Les forces de cette ville n'étaient que de sept cents 'hommes de troupes de ligne, mille miliciens mal armés, et cent cinquante matelots ou canonniers de marine. Mais on attendait des renforts du Tennessee et du Kentucky,

Il y avait à cette époque sur la Baie de Barataria une bande de pirates, commandée par un chef audacieux nommé Lafltte, dont

la tôte avait été mise à prix par le gouverneur Claiborne. L'amiral anglais Cochrane, qui cherchait un endroit favorable pour débarquer ses troupes en Louisiane, s'adressa à lui, et lui fit les plus brillantes promesses pour se l'attacher ; mais il repoussa ses offres, en donna connaisance à Claiborne, et en implorant son pardon il offrait ses services pour la défense de la Louisiane. Le général Villeré et Claiborne voulaient accepter ses offres généreuses, mais la législature s'y opposa; elle ordonna même au commodore Patterson de chasser les pirates; on ne trouva à Barataria que des canons abandonnés et quelques cabanes désertes, qui furent livrées aux flammes.

Ces choses se passaient avant l'arrivée du général Jackson. Le premier soin de ce général en arrivant à la Nouvelle-Orléans fiit de passer la revue des troupes, qui étaient sous le commandement du major Daquin ; les compagnies composées de Louisianais étaient bien exercées et manœuvraient admirablement ; le général en exprima hautement sa satisfaction. Les jours suivants il visita les forts et tous les lieux attaquables; de retour à la Nouvelle-Orléans, il envoya le commandant Thomas Jones observer la flotte anglaise qui était à l'Ile aux

Vaisseaux. Jones était à la tête d'une iiotille composée d'une goélette de guerre et de cinq chaloupes canonnières, il devait surtout défendre les Rigolets, la principale passe entre le lac Pontcliartrain et le lac Borgne; les Anglais attaquèrent Jones qui fut grièvement blessé ainsi que Parker, qui lui avait succédé dans le commandement, et s'emparèrent de la flotille dont la perte laissa la Nouvelle-Orléans à découvert.

Dans ces graves circonstances, Jackson proclama la loi martiale et convoqua la milice en masse; la législature l'/iutorisa à accepter les services de Lafltt^ et de ses compagnons.

L'arrivée des troupes du Tennessee et du Kentucky vint ranimer la confiance. L'assemblée mit à la disi)osition d'un comité $8,000 j)0ur les premiers besoins de l'armée ; il faisait froid, la milice était mal vêtue; les négociants se mirent volontairement à contribution; ils donnèrent des étoffes, des couvertures, des souliers. Les habitants de quelques paroisses envoyèrent $4,000.

Les dames travaillaient aux vêtements de leurs défenseurs, préparaient des médicaments et de la charpie xiour les blessés. L'enthousiasme était unanime dans cette ville habitée

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])ar tant de i)enple8 différents, mais dont cependant la majorité était française d'origine ou de naissance.

Le 23 Décembre, à minuit, neuf soldats de milice stationnés à un village de pêcheurs, sur le bayou Mazent, près du lac Borgne, aperçurent cinq barges (chargées de soldats. Ils voulurent en vain se cacher, ils furent faits ])risonniers ; un seul parvint à s'échapper et mit trois jours pour parvenir en ville. Des l)êcheurs espagnols avaient indiqué ce chemin A l'ennemi. Trois mille Anglais, sous les ordres du général Kean, débouchèrent par le bayou Bienvenu et cernèrent l'iiabitation Villeré sur laquelle était postée une compagnie de milice qu'ils firent prisonnière. Le jeune major Villeré, qui la commandait, s'échappa ])ar une fenêtre, et vint jeter l'alarme à la Nouvelle-Orléans.

Jackson n'eut connaissance de la <lescente (les Anglais qu'à deux heures de l'ai)rès-midi. Il envoya à leur rencontre un détachement de marins et un corps d'artillerie armé de deux [)ièces de canon. A quatre heures, les volontaires du Tennessee, les ritlemen d'Orléans, les dragons du Mississippi avaient pris position au fh\ssous de la ville ; ils furent bientôt suivis

<Puu bataillon de la milice urbaine, commandé par le major Planché, et de (jnelques compagnies d'hommes de couleur. Claiborne, à la tête de deux régiments de milice et d^me compagnie de cavalerie couvrait la ville, du côt*» de Gentilly.

Peu après les Anglais, campés sur l'habitation Villeré, voyant un navire jeter l'ancre dans le fleuve, s'approchèrent, le prenant pour un bâtiment marchand. C'était la Caroline, goélette de guerre des Etats-Unis, commandée i>ar le capitaine Henley, ayant à son bord le commodore Patterson, qui avait reçu du général Jackson l'ordre de venir observer le cami) ennemi. La Caroline ouvrit le feu sur les Anglais et leur tua cent hommes. Pendant que cet engagement avait lieu Jackson arriva et lit immédiatement les disi)osi-tions de l'attaque. Ij'avant-garde américaine repoussa un avant-x>oste de l'ennemi en face <le l'habitation Lacoste pendant que le 7me et le Mme de troupes de ligne et les soldats de marine se rangeaient en bataille. Le combat s'engagea. Uennemi commençait à repcmsser le Mme, lorsque arrivèrent deux bataillons de nrilice et quelques Indiens, qui attacpièrent avec tant de vigueur qu'ils pénétrèrent juscpie

<lans le camp et firent plusieurs prisonniers.

Les Tennessiens, adossés au fleuve, entretenaient un feu terrible qui ne cessa qu'à neuf heures. Deux heures après, une vive fusillade se fit entendre dans la direction de la plantation Jumonville. C'était la division Louisiauaise -de Morgan qui, campée sur la rive droite du fleuve, avait demandé à grands cris à venir prendre part au combat. Le général cédant à ses instances, n'eut que le t^împs d'échanger quelques coups de fusil avec l'ennemi, dont il ftit séparé par les ténèbres.

Telle fut l'issue du combat du 23 Décembre, où les Anglais, au nombre de cinq mille, perdirent plus de quatre cents hommes; tandis que les Américains, qui n'avaient que deux mille combattants, ne perdirent que cent qua-i'ante hommes tués ou blessés, et soixante i>ri-sonniers.

Une con^pagiiie de Louisianais, commandée par St-Gême, se retranchant, cette même nuit, sur le canal Rodriguez, deux milles au-dessus du combat, donna l'idée à Jackson d'y établir sa ligne de défense. Il ne laissa en face de l'ennemi que deux compagnies de cavalerie. Le canal fut élargi, creusé; on éleva au bord un fort parapet en terre dont le revêtement

était fait avec des balles de coton; dix-huit lûèces de caTion et un obusier y furent braqués. Un arpent et demi plus ba«, on fit une saignée à la levée, par laquelle le fleuve s'épanchant avec rapidité, changea la plaine en une nappe d'eau de trente pouces de profondeur.

Cette iwécautioi) fut nuisible: l'eau du fleuve augmentant celle du bayou par lequel les Anglais étaient entrés, leur facilita les moyens de <lébarquer leur artillerie. Ils s'en servirent le 27 avec tant d'avantage, qu'ils brûlèrent la Caroline, dont l'équipage par\int cependant à se sauver.

Le lendemain au point du jour l'ennemi fit deux attaques qui furent repoussées avec vigueur, et lui firent perdre deux ou trois cents soldats. Jackson n'eut que dix-sept hommes tués ou blessés.

Le général Jackson reçut alors une <léputa-tion de la législature, qui lui demanda quelle serait sa conduite, s'il était forcé de battre en retraite. On avait entendu dire que Jackson, en cas de revers, voulait incendier la Nouvelle-Orléans, comme les Eusses avaient incendié Moscou.— " Si je savais, réi>ondit-il, que mes cheveux connussent ma pensée, je les brûlerais sur-le-champ. Dans tous jes cas, allez dire à

l'honorable corps dont vous laites partie, que la session sera bien chaude si je viens à abandonner la ville." 1815 Cependant les Anglais s'étaient préparés à une nouvelle attaque, ils avaient élevé des retranchements dont les embrasures se formaient de boucauts de sucre. Le 1er Janvier, à neuf heures du matin, trois batteries, l'une au bord de l'eau, l'autre au milieu de la plaine, une autre près de la forêt, armées de trente l)ièces de gros calibre, ouvrirent le feu sur la ligne américaine. Au bout d'une heure sex)t canons furent démontés et quatre heures après les Anglais abandonnèrent la batterie du bois ; à trois heures du soir le combat finit.

Le général Packenham était parvenu à débarquer toute son armée, qui était de quinze mille hommes et se préparait à frai)i)er un coup décisif.

Le 8 de Janvier, au point du jour, l'armée anglaise entière s'ébranla avec tant de rai)idité, au bruit d'une canonnade si épouvantable, cpie les avant-postes amériiîains n'eurent que lo temps de se reï>lier. Le brouillard favorisait la marche des ennemis ; on les ai)erçut enfin à peu de distance de la ligne, en colonnes serrées. Ils se i)artageaient en deux divisions, comman-

(lées par (libbs et Kean, sous les ordres de Packenham ; l'une se dirigeait contré le centre <le la ligne américaine, l'autre contre la redoute (le la levée qu'on n'avait pas eu le t«mps d'achever. Mais les Américains les attendaient ; des soldats de marine, les pirates de Lalitte, des réfugiés français, tous excellents tireurs, étaient à leur poste, ^intervalle entre chaque embrasure se remplissait de riiiemen Louisia-nais, Tennessiens et Kentuckiens, gens déterminés et tireurs habiles qui ne manquaient jamais leur but. Disposés sur i)lusieurs rangs, les derniers devaient charger les armes et les passer aux autres, afin que le feu n'é-])rouvât aucun ralentissement. La cavalerie se tenait prête à s'élancer sur les vaincus. Jackson, pouvait à peine contenir leur impatience; il attendait que l'ennemi fût à bout portant ; il donna alors le signal, auquel ses soldats répondirent par trois a<îclamations bruyantes, sui^ies d'un feu roulant de toute la ligne. Les balles, les boulets, la mitraille, tombant comme la gi'êle sur les envahisseurs, arrêtèrent un instant leur élan. Ils avancèrent cependant sans tirer un seul coup, au milieu du feu terrible qui les dévorait. Quelques-uns étaient parvenus an bord du fossé, lorsque foudroyés,

ils se rei)lièrent en désordre. Deux fois Pack-enham les ramena à la charge; la première fois, sou cheval fut tué sous lui; la seconde il ftit blessé mortellement. Un moment après, Gibbs et Kean, blessés, furent emportés du champ de bataille. Ce fut le signal de la retraite. Le général Lambert, accourant avec sa réserve, voulut en vain les arrêter ; ils l'entraînèrent à six ariients du lieu du combat, où ils se reformèrent de nouveau et revinrent à la charge. Mais lé feu des Américains les força à reculer. Ils se retirèrent laissant la i)lace couverte de morts et de mourants.

Cette attaque de Packenham fut secondée l)ar celle de Thornton contre la division Morgan, sur la rive droite du fleuve. Les troupes du premier étaient de quinze cents hommes bien armés, celles du second de sept cents, qui n'avaient la plupart que des fusils de chasse : les munitions mêmes leur manquaient. Ils furent repoussés mais leur retraite s'effectuait en bon ordre, lorsqu'à l'aspect de la déroute de l'armée de Packenham, Thornton s'arrêta et opéra bientôt lui-même sa retraite.

Telle fut l'issue de cette fameuse bataille de la Nouvelle-Orléans. Elle coûta aux Anglais deux mille morts, sans compter les blessés et

L'ANaLETKBRE. ll.'J

les prisonniers, et quatorze pièces de canon, et aux Américains, treize hommes, sept tués et six blessés. Elle n'avait duré que deux heures.

Les hommes qui se distinguèrent dans cette mémorable journée furent les généraux Villeré, Carroll, Coffee, le commodore Patterson, le colonel Delaronde, les majors Lacoste, Planché, Hinds, le capitaine St-Gème, les lieutenant» fJones, Parker, Mazent, les braves Lafitte, Bluehe, Dominique, le colonel Savary, homme de couleur, et une foule de Louisianais, Ken-tuckiens et Français.

Lambert qui prit le commandement de l'armée anglaise, sollicita de Jackson, pour enlever les blessés et enterrer les morts, une suspension d'armes de vingt-quatre heures, qui lui fut accordée. Le 18 au soir, les Anglais quittèrent le sol de la Louisiane qu'ils foulaient depuis un mois.

Le même jour, l'escadre qui assiégeait le fort Saint-Philippe depuis le 9, mit également à la voile. La guerre était temninée.

Peut-être avez vous trouvé un peu l^ng, mes chers enfants, les détails que je vous ai donnés sur cette guerre, mais ces événements sont si importants que je n'aurais voulu omettre aucun incident.

Cette vi<îtoire de Jackson non senlement délivrait la Louisiane de ses envahisseurs, mais encore elle terminait le ^and duel des Etats-Unis et de l'Angleterre, en i)ronvant d'une manière éclatant-e à celle-ci que tout*» revendication sur ses anciennes colonies lui était pour toujours interdite, et on peut dire (lue c'est devant la Nouvelle-Orléans que s'est terminée la guerre de l'Indépendance.

Le général .Tackson, par l'énergie et le tM)u-rage dont il avait fait i)reuve dans le danger, par la promi)titude de î^s mouvements, avait montré toutes les qualités d'un grand capitaine, aussi devint-il l'idole du peui>le Américain. Son entrée à la Nouvelle-Orléans fut un véritable triomphe, le x>euple vint en foule au devant dé lui ; un arc de triomphe avait été élevé sur la place d'armes, dans l'endroit même où s'élëve aujourd'hui la statue équestre du général vainqueur. Des jeunes tilles des plus nobles familles de la WUe, vêtues de blanc et représentant les divers Etats et Territoires de l'Union, lui offrirent des couronnes et des fleurs, puis il se rendit à la cathédrale oit le vénérable abbé Dubourg entouré de son clergé l'attendait et lui adressa un éloquent discours, auquel le général répondit quelques paroles modestes

attribuant à la divine providence le succès de ses armes.

Ije général Jackson était venu en Louisiane avec de fortes préventions contre les Français; cependant ils s'étaient courageusement battus, la plupart avaient laissé leurs familles dans le besoin pour s'enrôler. Quand la guerre fut terminée, ils demandèrent un congé qui leur fut refusé; ayant obtenu de leur consul un certificat de leur qualité d'étranger, ils renouvelèrent leur demande ; mais Jackson au lieu de céder à leurs justes réclamations voulut les envoyer au-delà de Bâton-Rouge.

Quand on apprit que le traité de paix n'attendait plus à Washington que la sanction du sénat, on espéra que le général serait moins rigoureux; mais il n'en fut rien. Alors un Français nommé Louailler prit la défense de ses compatriotes; c'était un homme instruit, d'une grande fermeté de cara(îtère; il écrivit dans le Courrier de la Louisiane un article très sévère sur la conduite injuste du général. Jackson le lit arrêter, mais il fut mis en liberté par ordrtî du juge Hall; alors Jackson fit arrêter le juge et traduisit Louailler devant une cour martiale. Le général Gaines présidait cette cour; elle acquitta Louailler. Aussitôt la irdix pro-

iiamée, le joge Hall câta à 8on tribanal le général qui avait ainsi fonlé anx pieds la jnstice: Jackson fat condamné à ane amende de mille piastres, qn'il paja sur le champ. 1H15 I^ Congrès rendit à la Louisiane la justice qui lui était due; il considéra le patriotisme^ le zèle ardent, le coui-age indomptable, les souffrances, les dangers auxquels les habitants s'étiûent soumis de grand cœur. Il apprécia la générosité avec laquelle ils coururent au-devant de tous les besoins de Parmée, et au secours des blessés, amis ou eunemis. H ap-l>laadit à la sollicitude de la législature, qui demeura en permanence tout le temps de la guerre, et décréta que la lionisiane avait bien mérité de la patrie.

PROSPÉRITÉ DK LA LOUISIANE. 117

PROSPÉRITÉ I)E LA LOTJI8IANE.

L'âdiainistration du gouverneur Claiborne ]su ne tenninant l'année 1816, ~ il présenta se» adieux à la législature et hu peuple, et en se t(élicitant de l'heureux résultat de la guerre, il remerciait le peuple de la confiance que celui-ci avait mise en lui. Il y avait treize ans qu'il gouvernait la Louisiane; peu de temps après il fut élu sénateur des Etats-Unis, et mourut le 23 Décembre de la même année, laissant une mémoire respectée dans l'Etat qu'il avait si longtemps gouverné. Le général Villeré, hom -me aussi recx)mmandable par ses vertus privées que par ses talents militaires, le remplaça.

Depuis l'année 1816 jusqu'en 1860, la Louisiane jouit d'une paix profonde et d'une grande prospérité qui ne furent troublés que

par quelques événements dont je vais vous faire le récit.

L'agriculture devenait chaque jour plus iiu-l)ortante^ les planteurs des Etats voisins, attirés par la fertilité du sol, venaient s'établir en Louisiane avec leurs esclaves. La culture de la canne à sucré <lonnant de grands béné-ces, on vit s'élever de nombreuses i>lantations sucrières; la culture du coton n'avait point encore la valeur qu'elle a acquise de nos jours. La Nouvelle-Orléans vit les maisons de commerce et les riches magasins se multiplier, son 4)ort se remplir de bâtiments et de bateaux à vapeur, ses terrains s'élever à des prix imprévus. Bientôt elle ne fut plus assez vaste pour contenir tous ses habitants; il fallut l'agrandir. 1320 Thomas B. Eobertson, jurisconsulte} intègre, fut élu gouvenieur. Malgré l'état prosi)ère de l'agriculture, le commerce souffrait de nombreuses banqueroutes causées par des spéculations iminudentes.

La Louisiane n'avait eu jusqu'alors <le routes que celles qui longent les deux rives du fleuve. On décréta l'ouverture d'une route nationale, il partir "de Madisonville jusqu'aux frontières de l'Etat, dans la direction de Xashville eu Tennessee.

Le 16 Février 1823, un froid violent se fit sentir, les bords du fleuve furent glacés. Ton patina sur les marais. Tous les orangers furent détruits, ce qui fut une grande perte pour les petits propriétaires dont ils constituaient le rev'enu principal. On trouva morts de froid des bateliers dans leurs embarcations, des nègres dans leurs cabanes, des bestiaux dans les forêts.

Henry Johnson, .qui jouissait d'une grande 1824 popularité, l'emporta sur le général Villeré qui était candidat pour la troisième fois, et fut élu gouverneur. La banque de la Louisiane fut incorporée, c'était la première établie depuis l'érection de la Louisiane en Etat.

La fièvre jaune, qui avait déjà exercé d'affreux ravages eu 1822, ne fnt pas moins terrible cette année-là.

C'est au commencement de cette année qu'on 1825 vit arriver en Louisiane, le général Lafayette dont le nom est si cher aux amis de la liberté. Le peuple américain avait salué avec enthousiasme l'ami de Washington, et je vais vous dire en peu de mots combien il l'avait mérité. Lorsque, tout jeune encore, Lafayette était venu en aide aux Américains, leur cause semblait désespérée, et malgré une infinité d'obstacles

et les prières de sa famille, il s'embarqua le 20 Avril 1777, sur un bâtiment, frété par lui. Le congrès lui décerna le grade de major-général. Blessé à la première affaire, il continua de combattre avec la bravoure la plus brillante, pendant tout le cours de la guerre ; il mérita Famitié de Washington et l'admiration des Américains qui lui décernèrent une épée d'iion-neur. 11 retourna en France, sollicita des secours, et obtint l'envoi d'un corps de 6,0(K> hom me^. Ces forces commandées par Bocliam -beau ne furent prêtes qu'au commencement de 1780. Le jeune enthousiaste prit les devants et arriva le premier à Boston. Dans cette> nouvelle période de la guerre, où désormais la France était engagée et <lans les détails de laquelle nous ne pouvons entrer, il se conduisit avec autant de capacité que de bravoure.

En résumé son courage, ses talents militaires, son dévouement, l'activité qu'il déploya i>our obtenir les secours de la France et de l'Espa-gue. Font fait saluer comme un des libérateurs des Etats-Unis.

En 1784 il fit un nouveau voyage aux Etats-Unis, qui fut un triomphe continuel; il alla liasser un mois auprès de son illustre ami^ Washington. Les Américains exprimèrent

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leur reconnaissance pour lui en donnant son nom à des villes, en lui dressant des statues, en lui donnant le titre de citoyen américain, titre transmissible à ses descendants. En 1824, en réponse aux pressantes invitations du congrès, il s'embarqua pour visiter les Etats-Unis qn'il n'avait pas revus depuis quarante ans. Il fut accueilli comme un des pères de la patrie, et son voyage ne fut qu'une suite d'ovations, une marche triomphale.

Pierre Derbigny, orateur distingué, fut élu I82i) gouverneur en 1829. A la même époque, le général Jackson, le vaiîiqueur des Anglais, succéda à Quincy Adams, et irmugura une présidence qui dura huit ans.

L'année 1830, le siège du gouvernement fut posté à Donaldsonville ; la législature décréta la peine de mort contre ceux qui exciteraient les esclaves contre leurs maîtres, soit par des écrits ou des discours, tenus en chaire, au barreau, au théâtre, ainsi que contre ceux qui introduiraient des pamphlets ayant la même tendance. Ce n'était pas assez de défendre ces écrits, il fallait encore les rendre nuls entre les mains des nègres. Elle décréta l'emprison-- nement contre ceux qui enseigneraient ou feraient enseigner à lire à un esclave. Ces lois

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rigoureuses étaient motivées par la présence

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(Fabolitionistes venus des Etats du Nord, qui cherchaient à soulever les nègres contre les blancs.

La mort de Pierre Derbigny avait laissé vacante la place de gouverneur, elle fut remplie temporaireihent par Jacques Dupré, en sa qualité de président du sénat.

Uannée suivante M. Bienvenu Roman fut élu gouverneur, et le siège du gouvernement transféré de nouveau de Donaldsonville à la Xouvelle-Orléans.

Il y eut à cette épocfue un ouragan qui refoula les flots de la mer sur les lacs et les bayous, poussa leurs eaux jusqu'à la Kouvelle-Orléans, et inonda les campagnes voisines du golfe; les dommages furent estimés cent mille ijiastres.

La législature fit soumettre au congrès un plan des bouches du Mississippi par un ingénieur de mérite, M. Buisson, citoyen d'origine française. La nécessité de creuser un canal pour les bâtiments y était démontrée, prouvée. 1832 ITn pénit-encier fut établi a Bâton-Eouge sur le plan de celui de Weathersfield, dans le Con-necticut. En 1828 la paroisse de Olaiborne avait ét;é incorporée ; celle de Livingston le fut (^ette année-là.

Un âéau terrible vint éprouver la Louisiane ; c'était le choléra. Après avoir fait de grands ravages en Europe, il éclata au Canada, puis il parcourut tous les Etats et vint enfin en Louisiane où régnait déjà la fièvre jaune. Le chiffre des victimes à la Nouvelle-Orléans dépassa 5,000. On cita dans les environs de la ville des plantations ou 70 à 80 esclaves avaient été enlevés en deux jours.

En 1833, le congrès porta un premier cou)) à Tagriculture en Louisiane par un tarif qui stipulait une réduction graduelle des droits sur les marchandises étrangères. Cette loi faisait donc subir aux sucres étrangers une diminution et par contre-coup déprécier les sucres du pays. Les sucreries étaient à l'apogée de leur prospérité. On comptait à cette époque plus de sept cents habitations sucrières, représentant un capital de 40 millions de piastres. La Louisiane fournissait la moitié du sucre consommé aux Etats-Unis. Les planteurs sucriers constituaient la haute classe de la société; ils avaient deux banques où ils puisaient à pleines mains ; mais cette facilité à se procurer de l'argent donna naissance à un luxe effréné, ruineux ; le faste des grandes habitations était égal à celui des demeures princières de l'Europe.

Ces anciens planteurs, descendants la plupart des compagnons de Bienville ou des ré-ftigiés de TAcadie ou du Canada, avaient hérité des qualités chevaleresques de leurs ancêtres; d'une bravoure à toute épreuve, hospitaliers et généreux, leur énergie valut à la Louisiane une ère de prospérité inouïe. Les dames Loui-sianaises se distinguaient par une beauté exceptionnelle, que les arts se sont plu à célébrer.

Les poètes ont chanté la blancheur mate de leur teint, le noir velouté de leurs beaux yeux, leur gracieuse indolence ; figures idéales, unissant à une pureté de lignes, digne de la statuaire antique, le charme de l'expressioTi. Type charmant, qui promet de se perpétuer en Louisiane.

Ijcs propriétés avaient atteint une valeur extraordinaire, les acquéreurs de terrains ayant réalisé de grands bénéfices en les revendant, on vit les terres doubler encore de prix. ij^:j- En 1835, M. Edward White fut élu gouverneur. La fièvre des spéculations continuait à iigiter les esprits, toutes les têtes étaient saisies du désir de faire fortune. La Louisiane vit prêter une valeur exorbitante folle, à des terrains (couverts d'eau. On alla jusqu'à tracer d<»s plans de villes au milieu des cyprières.

Four quelques fortunes élevées par ces spéculations à outrance, combien de familles furent ruinées!

En 1837, une question importante pour les Etats du Sud était agitée au congrès des Etats-Unis: celle de l'abolition de l'esclavage, dans le district de Colombie. Quelques représentants du N'ord, en faveur de l'abolition, parlaient hautement contre l'esclavage. Les défenseurs du Sud y répondirent avec animation. Pour décider la question, les représentants du Sud sortirent du congrès, protestant <iu'ils n'y rentreraient plus, si on ne cessait les (calomnies proférées contre une institution sanctionnée par la constitution des Etats-Unis. Cet argument fit cesser la contestation. La Louisiane approuva cette conduite courageuse des représentants sudistes.

Cette année fiit marquée par une crise ônan- 3837 cière en Louisiane, et dans tous les Etats-Unis. Les banques ayant suspendu leurs paiements, la mine et la désolation étaient dans tout le pays. D'un autre côté, le nouveau tarif avait déprécié le sucre, et on commençait à délaisser cette culture pour celle du coton, mais les premiers essais n'en furent point heureux.

La législature dont le peuple avait demandé

la convocation, s'aBsembla en Janvier. La crise était dans toute sa force, les banques ne payaient qu'en papier, la confiance était détruite, le commerce anéanti. Cette législature forma trois nouvelles paroisses: celles de Caddo, de Caldwell et de Madison. 1839 ' M. Bienvenu Eoman fiit élu pour la seconde fois gouverneur. Quand rassemblée ouvrit la première session de la législature, les banques avaient repris les paiements en espèces. CetU^ reprise était du 25 Décembre de l'année écoulée. L'assemblée législative forma la paroisse Union d'une i>artie de celle d'Ouachita.

Les fréquents enlèvements d'esclaves provoquèrent une loi qui rendit les propriétaires, les capitaines de bâtiments et de toute embarcation à bord desquels se trouvait un esclave sans le consentement de son maître, solidaires de tous dommages et intérêts, et en outre passibles d'une amende de cinq cents piastres pai* esclave.

L'aimée 1840 fut marquée i)ar le débordement du fleuve, la crue commença en Février, et dans les premiers jours de Mars il dépassait déjà la marque des plus hautes eaux. Jamais il n'avait atteint une telle hauteur, sauf en 1782, quand les Attakapas et les Opélousas

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furent en partie ensevelis sous les eaux. Les (grevasses furent nombreuses, les terres de la Fourche et de Concordia furent en partie submergées. La rivière Rouge, refoulée par le Mississippi, inonda les riches plantations cotonnières.

Alexandre Mouton fut élu gouverneui* et 1B43 entra en place le 30 Janvier 1843. Le nouveau gouverneur avait été Orateur de la chambre et membre du sénat des Etats-Unis.

Le 14 Mai 1845, une nouvelle constitution fut adoptée. Cette constitution était plus démocratique que celle de 1812, elle fut ratifiée par le peuple, et la nouvelle législature s'assembla le 9 Février 1846.

Le gouverneur élu sous la nouvelle constitu- 1^45 tion, Isaac Johnson, entra en place le 12 Fé-vTier 1846. Peu après son installation, la guerre éclata entre les Etats-Unis et le Mexique au sujet des frontières du Texas.

Depuis plusieurs années, le Texas s'était retiré du Mexique et avait formé une républi-(lue, qui avait été reconnue par la France, l'Angleterre et les Etats-Unis. En 1837, il avait demandé à être admis dans l'Union. Le président Van Buren avait refusé afin d'éviter la guerre avec le Mexique. En 1845, le prési-

y

dent Polk appuya le projet d'annexion. Peu après il envoya une petite armée sur les frontières, sous le commandement du général Za-chary Taylor, qui s'établit sur les rives du Eio-Grande. Là il fut attaqué par l'armée mexicaine et gagna sur elle la bataille de Palo-Alto. Ses forces étant très inférieures et courant le risque d'être enveloppées par l'armée ennemie, il fit demander des secours à la Nouvelle-Orléans. A cet appel tous les nobles et patriotiques sentiments des Louisianais se manifestèrent 5 on trouva des volontaires dans toutes les classes de la société, et en^ peu de temps on vit une armée réunie sous les ordres du général Taylor qui prit l'offensive et 8'emi)ara de Matamoros. Les Américains dans toute cette guerre qui se termina par la prise de Mexico, se conduisirent de la façon la plus brillante. En 1850, le siège du gouvernement de la Louisiane fut transporté à Bâton-Eouge où une maison d'Etat avait été construite. Le 28 Janvier, Joseph Walker succéda ^ Isaac Johnson. Dans son discours d'inauguration le nouveau gouverneur semblait i)révoir tous les maux de la guerre de la sécession, il constatait les progrès du parti abolitioniste et l'agression continuelle de ce parti contre les

intérêts du Sud. Nous verrons désormais la terrible question de Tesclavage aller grandissant et creuser entre le Kord et le Sud un abîme infranchissable.

Durant Tadministration de Walker, la Nou- 1852 velle-Orléans fut le centre d'une organisation dont le but était l'annexion de l'île de Cuba aux Etats-Unis. Le général Lopez, qui était à la tête du mouvement, entraîna plusieurs jeunes gens de la !N^ouvelle-Orléans dans cette expédition malheureuse ; la plupart périrent dans un combat inégal, et le malheureux Lopez mourut sur l'échafaud. Les habitants de la Nouvelle-Orléans, exaspérés de la mort de leurs compatriotes, se portèrent en masse au consulat espagnol en proférant des menaces et des insultes.

En 1853, P. O. Hébert fut élu gouverneur. L'année 1854 fut marquée par une fièvre jaune terrible, qui, après avoir éprouvé la Nouvelle-Orléans, étendit ses ravages dans les campagnes. On fit néanmoins des améliorations intérieures en établissant des railroads dans l'Etat, correspondant avec ceux du Nord et de l'Ouest.

En 1855, on vit la chute du parti Know-Nothing, qui avait été importé de la Nouvelle

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130 PROSPÉRITÉ

Angleterre eu Louisiane. Ce parti, après avoir exclu les étrangers de toutes les places du gouvernement, voulut aussi exclure la religion catholique. Ce fut le signal de sa chute en Louisiane, les Louisianais ayant conservé un grand attachement à la religion de leurs pères.

Lorsqu'en Janvier 1856 le gouverneur Hébert eut terminé ses relations officielles avec l'Etat, il adressa à la législature des adieux où il déplorait les scènes violentes dont les élections étaient sans cesse témoins. Cet état de choses était pour lui l'avènement de l'anarchie et la négation de la vraie liberté.

Au gouverneur Hébert succéda Robert Wicklifife. En ouvrant la session de la législature de 1857, il se félicite du résultat de l'élection présidentielle, du triomphe de James Buchanan, candidat démocrate, sur Frémont, premier candidat sérieux des républicains noirs. 3860 ^® ^^^ ®^ ^^^ qu'eut lieu l'attentat de John Brown. Cet homme, à la tête d'une bande de fanatiques, pénétra en Virginie pour soulever les noirs et les pousser à massacrer leurs maîtres. Brown paya de sa vie le crime qu'il avait commis, mais le signe le plus alarmant

pour le Sud était l'approbation que le peuple du Kord donnait à un pareil attentat.

Thomas O. Moore succéda au gouverneur Wickliffe. Dans son message d'inauguration il constate et déplore les progrès du parti abo-litioniste. Mais,hélas! les temps approchaient où l'antagonisme des deux sections allait produire un des plus grands conflits que l'histoire eut enregistrés. De ce redoutable choc devait jaillir la flamme du plus gigantesque des iij-(^ndies. Kous marchons encore, nous marcherons longtemps sur les ruines qu'il a amoncelées. Regardez autour de vous, mes enfants, et vous les vendez.

GUEKEE CONFÉDÉRÉE.

1860 Vous avez déjà vu, mes enfants, dans le précédent chapitre, que la question de l'esclavage avait créé entre les Etats du Nord et ceux du Sud, un antagonisme qui allait chaque jour grandissant 5 la nomination d'Abraham Lincoln vint mettre le comble à l'exaspération du Sud, et fut considérée comme une véritable déclaration de guerre. L'avènement du parti républicain au pouvoir ne laissait aucun espoir, l'animosité de ce parti contre tous les droits du Sud était évidente ; aussi après bien des démarches infructueuses i)our avoir une réponse satisfaisante au sujet de l'esclavage, les Etats du Sud résolurent de se séparer do c<Mix du Nord. Eu se retirant de l'Union ils ne

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faisaient qu'user de ce droit sacré qu'ont tous les peuples de disposer d'eux-mêmes.

Le 20 Décembre 1860, une convention assemblée à Charleston déclara, " que l'Union existant entre la Caroline du Sud et d'autres Etats connue sous le nom d'Etats-Unis d'Amérique, était dissoute." La Louisiane suivit cet exemple. La convention appelée par la législature pour prendre en considération la position du pays, s'assembla à Bâton-Eouge le 23 Janvier 1861, Alexandre Mouton fut nommé pré- i86l sident de ce corps. Il fut décidé que, tous les droits des citoyens étant menacés par l'arrivée au pouvoir d'un parti ouvertement hostile aux intérêts de l'Etat, l'on se retirerait de l'Union, et qu'on prendrait possession des forts et des munitions de guerre. Selon cette résolution on s'empara de l'Arsenal et des casernes de Bâton-Eouge, qui furent évacuées par les troupes des Etats-Unis.

Quelques jours après les troupes de l'Etat occupèrent le fort Pike, sur les Eigolets, et les forts Jackson et St.-Philippe sur le Mississippi. Le 26 Janvier la convention passa l'acte de dissolutian entre l'Etat de la Louisiane et les Etats-Unis d'Amérique. Les Etiits de Mississippi, d'Alabama, de Floride, de Géorgie

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avaient déjà adopté cette grave résolutiou. Les Etats du Sud prirent le nom d'Etats Confédérés.

La Confédération se forma des Etats suivants: Caroline du Sud, Caroline du Nord, Mississippi, Alabama, Virginie, Tennessee, Arkansas, Louisiane, Texas, Géorgie et Floride. Le premier siège du gouvernement fut d'abord à Montgomery, puis il fut transporté à Eichmond en Virginie. Jeiferson Davis, du Mississippi, fut élu président et Alexandre Stephens, de la Géorgie, vice-président.

Au premier appel les Louisianais lurent sous les armes et se rendirent en Virginie où ils restèrent jusqu'à la fin de la guerre. Les hostilités commencèrent à Charleston, Caroline du Sud. Le commandant confédéré Beaure-gard voulut s'emparer du fort Sumter qui était défendu par des troupes fédérales sous les ordres du major Anderson. Il somma donc le fort de se rendre, et sa demande étant repoussée, le premier coup de canon fut tiré par les Confédérés le matin du 12 Avril. Après avoir subi un terrible bombardement qui dura trente quatre heures, le major Anderson, n'ayant plus de munitions, fut obligé de se rendre. La nouvelle de la prise du fort Sum-

ter produisit une grande exaspération dans le Nord, et le peuple se leva en masse à l'appel du président Lincoln.

Plusieurs engagements eurent lieu entre les Confédérés et les troupes du Nord, puis vint la célèbre bataille de BuU-Eun, où les Confédérés remi)ortèrent une victoire signalée. Mais nous n'avons à nous occuper de la guerre hors de l'Etat de la Louisiane que d'une manière générale, et je désire fixer votre attention sur les événements qui se sont passés dans notre Etat.